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16/01/2013

Les chaises du canal

Un clin d’œil à une institution tunisienne : le café.

Et au canal qui à La Goulette relie la Méditerranée au lac de Tunis.

 

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Chaise au bord du canal de La Goulette, Tunisie

 

 

L’une fait face au courant au bord du canal.

 

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Chaise sous l'eau, Idem

 

L’autre repose sous l’eau, au milieu des alevins et des algues, dans le courant.

La première chaise est plantée sur ses quatre pieds et dispose encore de tous ses barreaux ou presque et de ses accoudoirs.

L’autre chaise est couchée sous l’eau, son dossier ou ce qu’il en reste est posé au fond  du canal, elle a perdu son assise.  

La première qui tient toujours debout décide d’inviter l’autre à une conférence. La conférence des chaises abandonnées au bord de l’eau et sous l’eau. Une telle réunion ne peut pas se tenir le jour car elle attirerait l’attention des promeneurs et des pêcheurs nombreux au bord du canal. On attendra donc la nuit propice aux rencontres secrètes et aux conciliabules discrets. La première chaise prend son mal en patience et, quand l’obscurité règne sur le canal, lance des appels furtifs à sa collègue qui gît sous l’eau.

-          La chaise ! La chaise ! Ne me dis pas que tu dors ! Réponds-moi vite !

Le silence réplique à la première chaise, un silence à peine teinté par le bruissement de l’eau qui s’écoule vers la mer. Et puis, un léger murmure se fait entendre au moment où notre chaise aux pieds dans l’eau commence à désespérer.

-          On m’appelle ? susurre une voix faible et glougloutante. 

-          Oui, c’est moi, ta voisine, la chaise qui tient encore sur ses pieds.

-           Ah ! Je t’aperçois à travers les flots. Tu en as de la chance de te trouver à l’air libre. Sous l’eau, la vie est bien morose et les poissons ne sont pas bavards… Et puis, je commence à rouiller de partout.

-          Toi et moi avons bien perdu de notre lustre. Il est loin le temps où nous nous pavanions aux terrasses des cafés, où nous accueillions du matin au soir les postérieurs des clients, sans rechigner. Et voilà comment on nous remercie de nos bons services, en nous jetant dans le canal !

-          Parfois, j’ai moi aussi la nostalgie de cette époque où nous nous sentions utiles et où nous pouvions suivre à loisir les conversations des amateurs de thé et de café. Les fanatiques de football, les amoureux transis, les couples illégitimes, les hommes d’affaires, les policiers curieux : tous nous confiaient leurs postérieurs. Du plus rebondi au plus mince, du plus ferme au plus flasque, du tout flétri au tout lisse. Ils ne nous prêtaient guère d’attention tous ces clients, mais nous savions entendre leurs confidences et garder leurs secrets…

-          Et dieu sait s’il y en a dans ce pays des secrets murmurés au creux de l’oreille dans les cafés !

-          C’est magnifique, toute ces paroles échangées dans les cafés, tout ce tumulte de mots : que deviendrions-nous si nous en étions privées ? Des formes sans raison d’être. Le silence m’étouffe ma chère !

-          C’est pour cela que je t’ai invitée à cette conférence. Ne restons pas ici au bord du canal ou sous ses eaux. Glissons de quelques mètres vers le bord et rejoignons le quai. Ne nous laissons pas emporter par le courant qui est si vif à cette heure de la nuit.

-          Oui. Bougeons-nous et rejoignons la terre ferme.

Ce n’est pas une mince affaire pour les deux chaises que de se déplacer de quelques mètres. Elles se retrouvent pourtant après bien des efforts sur le quai qui borde le canal. Toujours aussi inutiles. Un chiffonnier qui maraude nuitamment par là en fait son affaire. Tout se revend, y compris les vieilles chaises dont on récupère le métal. C’est ainsi que disparurent les deux chaises du canal. Et avec elles les mille et un secrets qu’elles avaient su garder…

 

 

 

 

05/01/2013

Le dortoir des tourterelles

Elles sont toutes là.

Toutes les tourterelles de la vallée se sont rassemblées sur l’arbre qui se dresse au milieu du champ labouré. Elles se reposent au soleil dans le calme de cet après-midi hivernal.

 

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L'arbre aux tourterelles, Turquie

 

L’arbre qui les héberge a perdu ses feuilles mais d’énormes boules de gui prolifèrent sur ses branches. Il est bien vieux cet arbre que le laboureur a préservé au milieu de son champ. Regardez-le : son tronc est creusé de profondes craquelures causées par le gel de l’hiver et les fortes chaleurs de l’été. Il tient bon depuis des décennies, seul au milieu de nulle part. Derrière lui s’élève une colline rocailleuse qui le protège du vent d’est. Mais quand le vent vient du nord, rien à faire, le vieil arbre est secoué et ses branches s’agitent dans tous les sens.

Cet après-midi, le vent s’est tu après avoir chassé les nuages porteurs de pluie. Et les tourterelles prennent leur bain de soleil. Kotoko, qui a quitté depuis quelques jours la plage aux tortues d’Iztuzu, aimerait bien trouver un endroit calme pour se reposer. Il a très peur de la grand-route qui longe le champ labouré : de gros camions y circulent ainsi que des autocars, des camionnettes et des voitures. Les routes sont dangereuses pour les hérissons et  Kotoko s’en méfie. Quand il aperçoit le vieil arbre, il s’en approche et découvre petit à petit les tourterelles qui se prélassent au soleil. Il aimerait faire comme elles.

 

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Les tourterelles dans leur dortoir à l'approche de Kotoko

 

La tourterelle guetteuse, qui surveille les environs pour permettre à ses amies de dormir tranquillement, aperçoit Kotoko qui s’approche. Elle commence immédiatement à s’agiter et à roucouler pour alerter ses amies de l’arrivée d’un animal inconnu. Kotoko aimerait grimper dans cet arbre et somnoler aux côté des oiseaux. Quand il s’arrête au pied du tronc d’arbre, une grande agitation règne au sein de la troupe des tourterelles. Le silence de la sieste est rompu et ce ne sont que « crous crous » d’alarme qui répondent à des « crous crous » d’inquiétude. Kotoko ne se décourage pas pour autant et lance à la guetteuse qui le surveille quelques mots aimables :

-          Bonjour mademoiselle la tourterelle ! Que vous êtes belle ! Vos plumes brillent au soleil et votre chant ravit mes oreilles.

-          « Crou crou » roucoule la guetteuse, flattée qu’un hérisson lui envoie d’aussi aimables compliments. Comment t’appelles-tu ? Porc-épic ?

-          Non, non, je ne suis pas un porc-épic. Je suis un hérisson et je viens du Ghana.

-          « Crou crou » reprend la tourterelle. Le Ghana se trouve bien loin de notre pays, la Turquie. Tu es le bienvenu car tu es un grand voyageur. Monte dans le vieil arbre et viens te reposer avec nous. Nous n’avons pas peur de toi, tu es notre ami.

-          Venez m’aider. Je ne sais pas grimper aux arbres.

Quelques tourterelles descendent de leurs branches et se posent délicatement près de Kotoko. Elles le placent sur leur dos et le soulèvent en battant des ailes. Arrivées au creux de branche le plus douillet, elles déposent délicatement Kotoko au soleil. Salué par de nombreux « crous crous » de bienvenue, Kotoko remercie ses amies ailées et ne tarde pas à s’endormir tant il est fatigué. Les tourterelles reprennent elles aussi leur sieste en veillant sur leur nouvel ami venu de si loin.