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25/07/2017

Quand Ali Bécheur parle d'écriture

     En 2001, l'écrivain tunisien Ali Bécheur a accepté de préfacer un recueil de poèmes édité par la Communauté Wallonie-Bruxelles et l'Institut français de coopération. Ces deux institutions organisaient avec les Facultés des lettres tunisiennes un concours de poésie annuel destiné aux étudiants des départements de français. J'ai retrouvé l'opuscule publiant les textes des lauréats. Aymen Hacen était alors en première année de lettres françaises de la Faculté de Sousse. Il remporta le premier prix avec un texte que je publie aussi ci-dessous. Aymen a fait du chemin depuis. Professeur à l'Ecole normale supérieure de Tunis, il est aussi écrivain et journaliste.

     Lors de la remise des prix en 2001, j'ai lu à l'assistance la préface d'Ali Bécheur. Je m'en souviens encore. Ce texte est tellement clair et puissant. Il fallait du courage pour écrire ainsi en 2001 en pleine dictature de Ben-Ali. Mais en Tunisie les intellectuels ne se sont jamais tus. Ils ont baissé la voix, parfois murmuré, mais ils ont toujours parlé. 

 

Tunisie, Becheur, Hacen, ecriture, poesie

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      Je pense qu'n lisant ces textes, on comprend mieux pourquoi la Tunisie est le seul pays "arabe" a avoir réussi son printemps depuis 2011 même s'il reste beaucoup à faire.

18/02/2013

Ruine à La Goulette

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 Il n’est pas nécessaire d’entrer dans la maison pour mesurer le désastre. Le toit éventré, les gouttières suspendues dans le vide, les fenêtres arrachées, les portes béantes, les balcons branlant, le bâtiment porte tous les stigmates d’un abandon ancien et de pillages répétés. A l’intérieur, les prises et les interrupteurs électriques ont été extirpés des murs tout comme les montants des portes. La nature a repris ses droits dans le jardin et commence à envahir l’intérieur de la maison, recouvrant peu à peu de feuilles et de branchages le sol en ciment. Des habitants successifs, il ne reste rien, aucune trace. Rien aux murs, pas un signe de la présence humaine qui a marqué ces lieux pendant des décennies, cent ans peut-être. Les graffitis récents à peine lisibles ne donnent aucun indice, marquant seulement la visite d’adolescents à la recherche d’un abri pour jouer à se faire peur. Les chats, fort nombreux dans ce pays, se sont installés dans ce qui ne tardera pas à devenir une ruine totale, effondrée sur elle-même, à moins qu’avant leur chute un bulldozer ne donne le coup de grâce aux murs lézardés. En ce début de matinée d’été, les lieux sont silencieux. Les chats sont  rentrés se mettre à l’abri après leurs courses nocturnes et dorment à l’ombre des arbres et des buissons qui prolifèrent dans le jardin.

La mer n’est pas très loin, à quelque cent mètres de la maison. Fut-elle celle de pêcheurs cette bâtisse ? Profitaient-ils de la proximité de la Méditerranée pour partir aux aurores relever leurs filets après avoir traversé le mince cordon dunaire ? Mais des pêcheurs auraient-ils disposé des moyens pour louer une maison à un étage et disposant d’un jardinet ? Ils s’entassaient habituellement avec femme et marmots dans de petites bâtisses d’une ou deux pièces dans des ruelles perpendiculaires à la plage, indifférents à la vue sur le large, soucieux de ne pas faire face aux tempêtes et à leurs embruns.

Il suffit de prêter un peu l’oreille pour entendre les cris des enfants. D’un peu de concentration pour que les voix des adultes émergent du silence. Avec l’âge, les corps se déforment, les visages se rident, même les regards perdent de leur brillance. Mais les voix ne changent pas. Elles échappent au naufrage. Elles persistent parfois de manière inattendue. Et celles qui émergent de la vieille maison de La Goulette ne faillissent pas à cette règle. Elles sont les mêmes qu’il y a plusieurs décennies, fortes et joyeuses, accompagnées par Joséphine Baker qui roucoule « J’ai deux amours ». Portée par ces voix et cette chanson, la maison redessine ses contours anciens. Le mur qui sépare le jardin de la dune s’abaisse de quelques mètres et laisse apercevoir une troupe d’enfants qui joue avec un chien noir. Les hommes fument tranquillement leurs premières cigarettes du jour assis autour d’une table en fer toute blanche. Ils sirotent leur café, respectueux de cette tradition bien ancrée en Tunisie. Les épouses sont à l’intérieur, échangeant de leurs voix douces les petits secrets qui animent leurs vies. Elles ont déjà acheté les daurades pour le déjeuner au pêcheur de la ruelle voisine. C’est l’été à La goulette. La maison a été louée pour les deux mois les plus chauds, juillet et août. L’horaire allégé permet aux employés de quitter Tunis et sa fournaise dès 14h et de gagner par le TGM* La Goulette en longeant le chenal qui relie la Méditerranée au port de Tunis. Il y a peu de congés dans ces années 30, mais les rires sont là qui ponctuent les interminables parties de cartes du dimanche après-midi et les cris des enfants qui courent vers la mer si chaude qu’on pourrait y dormir.

Paroles si légères qu’elles finissent par s’évaporer comme la brume du matin, comme le songe d’un jour d’été. La maison n’attend plus qu’une tempête pour s’écrouler. A moins qu’un bulldozer ne vienne la bousculer et enfouir à jamais les cris insouciants de l’été.   

 

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La Goulette, Tunisie, été 2011

 

*Train qui relie Tunis à La Marsa en passant par La Goulette

16/01/2013

Les chaises du canal

Un clin d’œil à une institution tunisienne : le café.

Et au canal qui à La Goulette relie la Méditerranée au lac de Tunis.

 

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Chaise au bord du canal de La Goulette, Tunisie

 

 

L’une fait face au courant au bord du canal.

 

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Chaise sous l'eau, Idem

 

L’autre repose sous l’eau, au milieu des alevins et des algues, dans le courant.

La première chaise est plantée sur ses quatre pieds et dispose encore de tous ses barreaux ou presque et de ses accoudoirs.

L’autre chaise est couchée sous l’eau, son dossier ou ce qu’il en reste est posé au fond  du canal, elle a perdu son assise.  

La première qui tient toujours debout décide d’inviter l’autre à une conférence. La conférence des chaises abandonnées au bord de l’eau et sous l’eau. Une telle réunion ne peut pas se tenir le jour car elle attirerait l’attention des promeneurs et des pêcheurs nombreux au bord du canal. On attendra donc la nuit propice aux rencontres secrètes et aux conciliabules discrets. La première chaise prend son mal en patience et, quand l’obscurité règne sur le canal, lance des appels furtifs à sa collègue qui gît sous l’eau.

-          La chaise ! La chaise ! Ne me dis pas que tu dors ! Réponds-moi vite !

Le silence réplique à la première chaise, un silence à peine teinté par le bruissement de l’eau qui s’écoule vers la mer. Et puis, un léger murmure se fait entendre au moment où notre chaise aux pieds dans l’eau commence à désespérer.

-          On m’appelle ? susurre une voix faible et glougloutante. 

-          Oui, c’est moi, ta voisine, la chaise qui tient encore sur ses pieds.

-           Ah ! Je t’aperçois à travers les flots. Tu en as de la chance de te trouver à l’air libre. Sous l’eau, la vie est bien morose et les poissons ne sont pas bavards… Et puis, je commence à rouiller de partout.

-          Toi et moi avons bien perdu de notre lustre. Il est loin le temps où nous nous pavanions aux terrasses des cafés, où nous accueillions du matin au soir les postérieurs des clients, sans rechigner. Et voilà comment on nous remercie de nos bons services, en nous jetant dans le canal !

-          Parfois, j’ai moi aussi la nostalgie de cette époque où nous nous sentions utiles et où nous pouvions suivre à loisir les conversations des amateurs de thé et de café. Les fanatiques de football, les amoureux transis, les couples illégitimes, les hommes d’affaires, les policiers curieux : tous nous confiaient leurs postérieurs. Du plus rebondi au plus mince, du plus ferme au plus flasque, du tout flétri au tout lisse. Ils ne nous prêtaient guère d’attention tous ces clients, mais nous savions entendre leurs confidences et garder leurs secrets…

-          Et dieu sait s’il y en a dans ce pays des secrets murmurés au creux de l’oreille dans les cafés !

-          C’est magnifique, toute ces paroles échangées dans les cafés, tout ce tumulte de mots : que deviendrions-nous si nous en étions privées ? Des formes sans raison d’être. Le silence m’étouffe ma chère !

-          C’est pour cela que je t’ai invitée à cette conférence. Ne restons pas ici au bord du canal ou sous ses eaux. Glissons de quelques mètres vers le bord et rejoignons le quai. Ne nous laissons pas emporter par le courant qui est si vif à cette heure de la nuit.

-          Oui. Bougeons-nous et rejoignons la terre ferme.

Ce n’est pas une mince affaire pour les deux chaises que de se déplacer de quelques mètres. Elles se retrouvent pourtant après bien des efforts sur le quai qui borde le canal. Toujours aussi inutiles. Un chiffonnier qui maraude nuitamment par là en fait son affaire. Tout se revend, y compris les vieilles chaises dont on récupère le métal. C’est ainsi que disparurent les deux chaises du canal. Et avec elles les mille et un secrets qu’elles avaient su garder…

 

 

 

 

08/12/2012

Les moineaux de Tunis

 

« Tendre l’oreille. Tendre l’oreille, immobile et attentif, comme si tu étais une palourde. »

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami

 

Les moineaux de Tunis volent en bandes.

Comme les étourneaux, ils reviennent des campagnes environnantes au soleil couchant. Ils ne forment pas des petites troupes de quelques dizaines d’oiseaux. Ils se rassemblent par nuages, des  nuages de volatiles qui survolent la ville pour gagner l’avenue Bourguiba. Avant de se poser, ces essaims ailés tourbillonnent dans l’air du soir comme les nuages électroniques qui embellissaient nos écrans d’ordinateurs lorsqu’ils étaient en veille, voici quelques années. Les figures ne sont jamais les mêmes : des vrilles descendantes, des tourbillons horizontaux, des tornades escaladant le ciel de Tunis qui vire au vert avec la nuit qui approche.

Ces milliers, peut-être ces millions d’oiseaux ne se contentent pas de voler en nuages « à l’architecture mobile *».  Ils inondent l’avenue Bourguiba de leurs cris et de leurs piaillements jusqu’à ce qu’ils s’enfoncent dans les ramures des ficus qui bordent et embellissent l’avenue depuis des décennies. Ils entrent et sortent de leurs dortoirs végétaux avec une frénésie incroyable. Indifférents au vacarme des voitures et des tramways, à la foule des badauds qui déambule sur les trottoirs et l’allée centrale, aux fumeurs et aux frimeurs bavards qui envahissent les terrasses de café, aux bourrasques de vent qui secouent les parasols et les branches des ficus, repus par leurs agapes dans les champs autour de Tunis ou sur les décharges à ordures, les oiseaux ont hâte de s’endormir bien au chaud au cœur des arbres de la grande ville, à l’abri des prédateurs de la campagne.

La nuit venue, ils se taisent. L’éclairage public ne les dérange en rien. Ni le défilé des « bizness », ni les appels des jeunes vendeurs de jasmin, ni les belles qui défilent bras-dessus-bras-dessous en quête d’aventure, rien ne les perturbe.

Demain au soleil levant, ils reprendront leurs pépiements, secoueront leurs ailes engourdies, lâcheront quelques fientes sur les tables des cafés et quitteront leurs abris nocturnes pour former à nouveau ces nuages vivants que seuls les travailleurs et les voyageurs matinaux apercevront d’un œil distrait.

La lumière reprendra ses droits. La baie de Tunis virera au bleu et le soleil naissant coloriera de rose les façades blanches.

 

 

 

*Un port, Charles Baudelaire in Petits poèmes en prose

 

18/11/2012

La ligne rouge

De retour de Tunisie où j’ai passé une petite semaine, je viens vous livrer quelques-unes des observations que j’ai pu y effectuer. Ce ne sont pas celles d’un journaliste mais celles d’un familier de la Tunisie qui peut à ce titre sentir le pouls de ce pays.

Dès l’arrivée à l’aéroport et les premiers échanges qui s’en suivent, le sentiment de liberté ressenti en juillet 2011 se confirme. La parole n’est plus muselée, elle est souvent fière. Avoir chassé du pouvoir aussi rapidement « le roi de Carthage » et son encombrante clique familiale demeure un sujet majeur de  satisfaction. La confiance est de mise quant au déroulement du processus d’élaboration de la constitution qui doit déboucher sur des élections, présidentielle et parlementaire, en juin 2013. Les plus avertis s’étonnent qu’on puisse fixer des dates d’élection alors que la nouvelle constitution n’est ni totalement élaborée, loin s’en faut,  ni a fortiori adoptée. Il s’agit pour le gouvernement de transition de rassurer les citoyens inquiets de la lenteur du processus « constituant » et des dérives qu’elle pourrait engendrer. Bien sûr les tempéraments les plus inquiets se sentent mal à l’aise dans un pays qui n’a pas de cadre constitutionnel. Ils se pensent à la dérive.  Ils se font l’écho du renchérissement du coût de la vie et des doléances des automobilistes qui déplorent le prix élevé de l’essence, mélangeant ainsi insatisfaction politique et mécontentement social qui étaient déjà de mise sous l’ère Ben- Ali. J’ai le sentiment que chez les pleureurs, ceux qui se plaignaient avant janvier 2011 se plaignent toujours.

Il y a aussi les optimistes qui pensent qu’il faut donner du temps au temps et qu’un processus de transition est délicat à conduire et ne doit pas se réaliser dans la précipitation. Ceux-là rejoignent les pessimistes sur un même terrain, celui de la présence bien visible des Sallafistes. Cette présence, qui certes n’est pas massive mais s’affiche bel et bien, requiert de la part des Tunisiens et de leur gouvernement une vigilance sans faille. A ce titre, « l’attaque » contre l’ambassade des États-Unis voici quelques semaines a mis un terme à l’attitude laxiste du parti Ennhada vis-à-vis de ces militants de l’Islam en tenue afghane. Depuis ce « débordement », ils sont étroitement surveillés et soumis aux lois en vigueur en cas de violence et/ou de prosélytisme excessif. Ils ont pourtant pignon sur rue dans les locaux de la mosquée El-Fateh, avenue de la Liberté (cela ne s’invente pas). Car ils sont libres d’exprimer leurs opinions dans les limites prévues par la loi. Les plus malins d’entre eux, dotés de l’incomparable sens du « bizness » dont font preuve maints Tunisiens, ont même installé un petit marché devant cette mosquée. Ils y vendent, en grande tenue afghane,  « tout le nécessaire pour le parfait Sallafiste ».

Il s’agit là de l’un des deux  éléments constituant la ligne rouge que les partis « laïques » ont érigée et imposée à Ennhada. Ils ont exigé que toutes les lois soient appliquées à ces extrémistes religieux issus d’un autre temps, moyenâgeux, et d’une autre longitude, afghane en l’occurrence. Liberté d’expression certes mais sans violence ni coercition.  Le respect des lois a également été rappelé à Ennhada en ce qui concerne le statut de la femme. Il devra être préservé intégralement. Dans ces deux domaines, rien ne sera négociable. Cette position ferme et exprimée clairement contribue à rasséréner celles et ceux qui se sentaient menacés dans leur liberté vis-à-vis de l’Islam et de la tradition. C’est ainsi que se côtoient dans les rues de Tunis ou de Kelibia des femmes vêtues à l’européenne, parfois dans des tenues très à la mode, et des femmes qui cachent leurs cheveux sous un foulard et leurs jambes sous une jupe longue. D’autres portent cette tenue noire (djilbab) qui ne laisse voir que leur visage et qui ressemble fort à la tenue traditionnelle de nos bonnes-sœurs catholiques. Si dans les rues on observe un peu plus de femmes en foulards et en tenues noires (cette dernière n’ayant rien de tunisien mais étant importée d’Arabie-Saoudite), on ne peut pas écrire qu’il s’agit d’un raz-de-marée. Il faut reconnaître que certaines trouvent enfin l’occasion de porter des tenues qui leur étaient interdites sous Ben-Ali. D’autres plus conformistes suivent les modes venues des pays du Golf et véhiculées par les chaînes télévisées satellitaires. Un jour la même femme, parfois très jeune, sera « bâchée » (comme disent leurs détracteurs), le lendemain elle sera habillée à l’européenne…

J’ai donc eu le sentiment de me trouver dans un pays qui fonctionne, calme, et qui poursuit avec détermination sa marche vers une nouvelle ère politique. La fermeté des partis « laïques »  concernant cette ligne rouge qu’ils ont instituée m’a semblé très encourageante pour l’avenir de ce pays toujours aussi accueillant. N’hésitez donc pas à vous joindre aux 5 millions de touristes qui y ont déjà séjourné en 2012. L’ouverture de l’espace aérien à de nouveaux opérateurs à l’horizon de l’été 2013 devrait contribuer à accroître le nombre de visiteurs en induisant une baisse du prix des billets. Du moins espérons-le.

29/04/2012

Jean de la Ventière à Kairouan

Les Rochers, le 5ème jour du mois de juillet 1681

 

Ma toute bonne,

 

Depuis l’arrivée de Jean de la Ventière au château des Rochers, les journées s’écoulent paisiblement. Il a dans la tête maints souvenirs de voyages et il nous les livre comme s’il lisait un livre. La marquise du Plessis, cette voisine dont la peau attire les puces, en est tout esbaudie. Elle se demande comment Jean peut disposer d’une mémoire aussi vaste et précise. Il faut dire, sans mettre en branle mon penchant pour la médisance, que le plus lointain des voyages de cette pauvre marquise fut pour Vitré qui n’est séparée des Rochers que par quelques lieues. Et, que je sache, la Plessis n’a point lu beaucoup de livres qui permettent à l’esprit de vagabonder quand le corps est au repos.

Pour notre plus grand plaisir, et pour agrémenter les longues après-midi pluvieuses de ma chère Bretagne, Jean a poursuivi  le récit de son périple en Tunisie. Il n’a séjourné que quelques semaines à Tunis pour négocier le rachat des deux demoiselles enlevées sur la Méditerranée et retrouvées dans un harem. Son devoir accompli, Jean décide de se rendre à Kairouan où fut édifiée voici des siècles une mosquée fameuse qu’il voulait admirer de ses propres yeux. La route vers Kairouan se dirige dans un premier temps vers le jebel Ressas avant de s’orienter vers le jebel Zaghouan qu’elle finit par laisser sur sa gauche avant de franchir un col au pied du jebel Fkirine. Je ne sais trop pourquoi Jean prend grand soin de nommer toutes ces montagnes que probablement je ne verrai jamais. Je lui ai posé la question. Il s’agit pour lui de nous rendre sensibles à la magie de ces noms. Qu’il eût dit « montagne » et non « jebel »,  le charme de son récit n’eût point été le même. Je vais d’ailleurs vous rapporter ses propos le plus fidèlement que ma défaillante mémoire me le permettra. Vous en serez ainsi vous-même, ma toute bonne, enchantée.    

"Les montagnes franchies, nos chevaux dévalent vers des steppes immenses. Le paysage vers le sud change du tout au tout. Finie la magie des pentes boisées et des sources qui chantent. Ce ne sont que plaines brunes ou blanches, sèches,  où le regard ne se pose que sur de rares arbustes, parfois un palmier. Croyez-moi, mes amis, dans un tel vide, vous avez le temps de réfléchir, comme sur un bateau lors d’une longue traversée. Le plus surprenant fut pour moi de découvrir d’innombrables cactus qui ressemblent à des arbres tant ils sont grands. Ces monstres végétaux forment des haies impénétrables et font les délices des chameaux, voire des ânes lorsqu’ils sont hachés. Les dromadaires  les croquent, épines comprises, comme notre marquise de Sévigné croque des friandises au chocolat. Ces cactus donnent des fruits que les habitants des campagnes ne prisent guère. Pourtant ces figues de barbarie qui se vendent à Tunis par charrettes entières. 

                                                                                                                                             Vous imaginez mon impatience d’arriver à Kairouan. J’avais toute confiance en mon guide, Hassan, mais j’avais envie de me désaltérer et de secouer toute la poussière qui s’accumulait sur mes vêtements. A peine franchis les hauts remparts qui entourent la ville, nous descendîmes de nos montures pour nous précipiter dans un café. Après les plaines éblouissantes, le bleu du ciel inondé de lumière, pénétrer dans un intérieur obscur me procura un grand repos aux yeux. Quel plaisir que celui de l’ombre après les griffures du soleil ! Nous nous allongeâmes Hassan et moi sur des nattes munies de quelques coussins pour reposer nos nuques. Quelques hommes (les femmes ne sont pas autorisées en ces lieux) vêtus de burnous, avec parfois une chéchia rouge ou un turban sur la tête, devisaient autour de nous, adossés aux colonnettes peintes qui soutenaient les voûtes en arc du toit. Derrière un simple muret se préparaient le café et le thé, à même des charbons ardents. Après un grand verre d’eau bien fraîche, nous dégustâmes un café mêlé de beaucoup de marc. Hassan me dit que certaines femmes savent lire l’avenir dans ce marc. Je ne crois guère à ces superstitions et je préférais l’interroger sur les nombreux regards indiscrets, à mon idée du moins, insistants, selon mon éducation, qui se posaient sur nous. Ces regards n’étaient point du tout malveillants mais ils m'intriguaient. Je fis part de mon observation à Hassan qui éclata de rire. Il me confia que maints de ses frères, comme tout mohametan appelle son prochain, sont dotés d’une grande curiosité et aiment échanger avec les étrangers. Rassuré qu'il ne s'agissait point de regards espions, je confiais à Hassan combien ma fatigue était grande et nous nous dirigeâmes vers un vaste caravansérail où nous pûmes, enfin, prendre du repos. Nous remîmes au lendemain la visite de la grande mosquée. Et c’est bercé par un air de malouf que je tombai dans les bras de Morphée…"

Ma toute bonne, je vous réserve la suite du récit de Jean bien au chaud dans ma cervelle. Je sais votre esprit fureteur et ne le priverai point des derniers épisodes de la relation de la Ventière. Vous constatez, ma chère âme, après la Pologne et Venise où je fus avec Jean, combien le contraste est grand avec cette terre africaine. Mais je sais par expérience, et en écoutant mon ami le marquis, qu’ici aussi bien que là-bas la tendresse des hommes et des femmes est la même. Ici elle s’exprime par une touffe de jasmin, là-bas par une rose ou un brin de muguet.

Je vous laisse en vous embrassant comme je vous aime, de tout mon cœur.   

 

07/04/2012

Jean de la Ventière rentre de Tunis

Les Rochers le 27ème jour du mois de juin 1681

 

Ma toute bonne,

Il ne vous a pas échappé que depuis quelques semaines je ne vous donnais plus de nouvelles de mon ami Jean. Il vous reviendra peut-être qu’il m’avait proposé de l’accompagner dans le nord de l’Afrique et que mes affaires en Bretagne m’avaient retenue de ce côté de la Méditerranée. A vrai dire, la perspective d’une traversée maritime ne m’enchantait guère. Outre le mal de mer (je garde d’affreux souvenirs du passage en bateau lors de notre périple vers la Pologne), les risques d’enlèvement par les Barbaresques et la chaleur ne me font point regretter d’avoir privilégié les marches de la Bretagne. Quand j’ai vu dans l’encadrement de la porte de mon salon apparaître la face rougie de Jean de la Ventière, je l’ai à peine reconnu. Les effets du soleil mêlés à ceux de l’air marin et des sortilèges de l’Afrique ont à ce point transformé son apparence que je crus me trouver en présence d’un disciple de Mahomet égaré dans le septentrion de l’Europe.

Non, c’était bien Jean, fatigué par son voyage mais heureux de retrouver sa chère amie et de pouvoir échanger librement avec elle. Ah ! Ma toute bonne, vous n’allez pas en croire vos oreilles. Jean ne m'avait pas clairement confié l’objet de son déplacement à Tunis. Je savais sa mission délicate mais n’en connaissait point l’objet. Sa majesté l’avait mandé outre Méditerranée pour tenter de sauver des griffes des Barbaresques deux infortunées jeunes femmes, de noble extraction, qui furent capturées sur un navire entre Marseille et l’île de Corse. Je laisse la parole au jeune marquis car mes perpétuelles diversions risqueraient d’embrouiller un récit par lui-même complexe.

-        Marquise, dit la Ventière, j’arrivai après une traversée fort calme au port de La Goulette. Tunis est éloignée de la mer de deux ou trois lieues et reliée à celle-ci par un long chenal qui n’est pas toujours praticable. Il me fallut donc effectuer une première halte à La Goulette pour y accomplir quelques formalités d’usage. Je réalisai très promptement que le dépaysement est total dès que vous mettez un pied sur la terre d’Afrique. Les hommes portent de longues robes confortables pour éviter que le soleil ne leur brûle la peau et aérer convenablement leur corps. Quant aux femmes, elles sont invisibles. Elles vivent à l’ombre des hauts murs de leur maison et on ne les voit que dans les grandes occasions comme les mariages. Mais jamais aux enterrements auxquels leur religion leur interdit de participer. Au premier abord, je me retrouvai dans un pays d’hommes, d’une grande familiarité, s’embrassant bruyamment et se promenant bras-dessus-bras-dessous  en devisant joyeusement. Avant de me rendre à Tunis par la chaussée qui y conduit entre deux lacs immenses, je fis un détour par Sidi-Bou-Saïd, un petit village perché au sommet d’une colline qui domine la mer. J’avais ouï dire avant mon départ que notre bon roi Saint-Louis, le IXème, avait dressé son camp près de ce village quand il fit escale en Tunisie au cours de la 8ème croisade dont il avait pris la tête. Hélas, la maladie eut raison de notre bon roi qui fut emporté par une dysenterie incurable. Son corps aurait été rapatrié jusqu’à la basilique de Saint-Denis selon Jean de Joinville qui conta par le menu toute la vie du roi. Mais à Sidi-Bou-Saïd, j’entendis une tout autre histoire. Saint-Louis serait tombé sous le charme d’une jolie jeune femme du cru et, séduit par cette belle et les douceurs de la vie tunisoise,  aurait décidé d’abandonner son trône et sa religion catholique pour se convertir à l’islam et épouser sa nouvelle conquête. Le corps transporté en France serait celui d’un simple soldat, bien mort, pauvre de lui, de dysenterie. Et notre Saint-Louis aurait changé de nom et serait devenu Sidi-Bou-Saïd… Je sens marquise que vous pensez que je divague. Il n’en est rien. La légende est tenace près de Carthage et elle est si belle qu’elle mérite d’être contée. Saint-Louis n’aurait été ni le premier ni le dernier à céder aux charmes enjôleurs de cette côte qui abrita les amours de Didon et d’Énée. Et pour une fois qu’entre le nord et le sud de la Méditerranée le récit n’est pas de guerre mais d’amour, il mérite d’être rapporté. Ma mission ne devait pas pour autant être oubliée et je me rendis à Tunis où je fus reçu par le Bey qui s’exprimait dans un étrange dialecte mêlé d’arabe, d’italien et de français. Tunis est cosmopolite : les Andalous y côtoient les Maltais, les Arabes se mêlent aux Européens pour la grande richesse de la ville. La négociation pour le rachat des deux jeunes femmes fut longue et laborieuse. Leur propriétaire ne devait pas perdre la face et il n’entendait pas se séparer de ces deux perles de son harem sans recevoir en échange des espèces sonnantes et trébuchantes. J’en étais pourvu et après quelques jours d’échanges parfois vifs, le marché fut conclu. Je tairai la somme en jeu. Il serait offensant pour les deux demoiselles qui ont rejoint leurs familles de s’entendre dire ce qu’elles valent…

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Tunis en 1690, vue depuis la Goulette

 

La Ventière ne souhaitait pas pousser plus loin les détails de cette affaire. Je le compris fort bien et reconnus là tout le tact de mon ami qui le rend si précieux au service de sa majesté. Pour le remettre de ses fatigues je lui proposai de se rafraîchir, ce qu’il accepta bien volontiers. Arriva sur ces entrefaites la comtesse du Plessis dont les gesticulations m’étonnaient. La pauvre femme se grattait avec assiduité les bras. Elle me dit son malheur : les puces ! Dès qu’une puce traîne quelque part, elle lui saute dessus, à croire que ces bestioles sont attirées par l’odeur de sa peau. Et c’est ainsi que, toute gesticulante, la marquise du Plessis gagna ma salle à manger où elle se retrouva isolée au bout de la table de peur qu’une puce ne sautât sur l’un de mes convives.

Je vous laisse sur cette farce qui n’en est pas une pour l’intéressée, croyez-moi. Je vous embrasse comme je vous aime, de tout mon cœur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28/12/2011

La marquise de Sévigné à Paris

 

A Paris en ce 15 mai 1681

Ma toute bonne,

Ma joie est grande d’être en repos depuis deux semaines. Toutes ces lieues parcourues par monts et par vaux m’avaient harassée et j’étais fourbue comme une vieille jument qui aurait trop tiré la charrue. L’air de Paris en ce joli mois de mai me convient. L’hôtel de Carnavalet est  bien paisible. Mes amis passent deviser et me rapportent les derniers bruits de la cour qui s’agite à Versailles, loin d’ici. Les maîtresses de sa Majesté, les frasques de Monsieur, le frère du roi, bref tout ce tintoin qui me fatigue les oreilles mais qui doit parvenir jusqu’à moi si je ne veux pas mourir idiote et paraître ridicule auprès de mes visiteurs. Il me faut tenir mon rang. Détenir la dernière rumeur me confère une auréole, qui n’est certes pas de sainteté, mais qui élève mon statut. Il me plaît parfois de lancer moi-même ces rumeurs, par défi, pour suivre leur vie et examiner sous quelle forme modifiée elles me parviendront en retour. La Ventière prend un grand plaisir à pister ces petites et modestes comètes dont la trajectoire transforme la voilure.  

Mais je m’égare, ma plume va comme une étourdie*. Soyez rassurée, vous ma fille si honnête, je ne sombre jamais dans la médisance. Ma pudeur me l’interdit et notre religion la proscrit. Je ne peux cependant pas m’empêcher de vous relater ce qui fit éclater de rire tout ce qui compte en la capitale. La Ventière s’en fut à Versailles voici quelques jours pour rendre compte de son périple polonais et faire état au roi des relations du royaume de France avec Venise. Je ne suis pas au fait de ces secrets d’État et me garde bien d’interroger Jean à ce sujet. Quand il revint de la cour, il me rapporta que Versailles est en perpétuel chantier et que les courtisans éprouvent maintes difficultés à se loger. Certains s’entassent dans quelques pièces mansardées au mépris de leur rang et du confort que leur sang devrait leur réserver. Ils préfèrent laisser leurs châteaux vides, livrés aux rats et aux araignées, que de se tenir loin du Roi et des faveurs qu’il peut leur octroyer. C’est ainsi.

La Ventière revint donc de Versailles fort excité par une altercation dont il fut le témoin dans la grande galerie des glaces où les miroirs magnifient la lumière en la multipliant  et où tout à chacun peut contempler sa propre fatuité. Deux petits marquis, de basse extraction mais de grand caquet,  piaillaient comme deux poules en train de pondre. Un rassemblement s’opéra rapidement autour des deux courtisans. Il s’avéra que l’un des deux avait traité l’autre de « belaou ». « Belaou, belaou ! Mais pourquoi me traitez-vous ainsi, jeune impudent » disait le plus âgé au plus jeune. « Oui, belaou ! Et je pèse mon mot. » rétorqua le benjamin. Les curieux assemblés ne comprenaient pas qu’on puisse se plonger dans un tel état pour un mot dont le sens leur échappait totalement. La Ventière qui a, comme vous le savez ma toute bonne, sillonné le monde, éclata d’un rire inextinguible. « Belaou ! » Il n’avait pas entendu cet adjectif depuis bien longtemps. Depuis une traversée entre Marseille et Tunis sur une galère du Roi où sévissait une engeance de chiourme aussi cosmopolite que la cargaison des animaux de Noé sur son arche. Parmi eux quelques barbares raflés sur les côtes de l’Afrique du Nord. Qui s’exprimaient selon La Ventière dans un arabe mâtiné de berbère. C’est sur cette galère qu’il avait entendu les rameurs de la chiourme s’invectiver avec ce « belaou ». En s’approchant de l’un d’eux, qui semblait moins sauvage que les autres, il lui demanda ce que ce mot étrange signifiait. Le barbare, ne parlant pas un traître mot de notre langue, fit avec sa main droite fermée un signe arrondi autour de son nez. « Ivre, saoul ! »  comprit la Ventière. Et les deux petits marquis utilisaient à leur tour cet adjectif qui avait voyagé jusqu’à la cour on se demande comment. « Messieurs, messieurs, du calme ! » dit Jean. « Vous seuls connaissez le sens de « belaou ». L’avez-vous entendu ce mot du côté de Marseille ou de Toulon ? ». « Oui, répondit le benjamin. Sur les quais de Toulon où quelques galériens pris de boisson se battaient. » « Alors, brisons-là ! Il n’y a point d’offense quand le mot et la chose qu’il désigne ne sont point assemblés dans l’esprit des auditeurs. Si je dis : « Bela fou mouk, chouya ! » Personne ne me contredira.  Alors que ces quelques mots sont fort impertinents en tunisien. Brisons-là messieurs. Ce ne sont qu’enfantillages indignes de votre rang. »

Les deux compères partirent en riant vers le grand salon d’Hercule où quelques tables de jeux avaient été disposées. La Ventière avait apaisé cette querelle naissante qui l’avait fort diverti et qu’il me conta par le menu. Il en profita pour m’informer d’une nouvelle ambassade que le Roi lui avait confiée. A Tunis, ma toute bonne. Sur la côte des barbares ! Il en est ravi car il aime l’aventure. Je le suis moins car il me propose de l’accompagner… Non pas que sa compagnie m’ennuie bien au contraire. Mais traverser la Méditerranée ! A mon âge ! Nous verrons. Je termine cette missive au plus vite pour ne point rater la poste de Provence.

 

Je vous embrasse comme je vous aime, tendrement.

 

 

 

*Formule empruntée à la vraie marquise…

 

13/09/2011

Les grilles magiques

 

Kotoko était très surpris. Pendant tout l’été, il avait dormi à la belle étoile sous les grands arbres du parc de Montsouris, bercé par les étoiles filantes qui traversaient le ciel. Depuis quelques jours, un courant d’air venait le déranger vers la fin de la nuit. Comme les couches superposées d’un gâteau, de l’air chaud mêlé d’air frais glissait sur les épines du hérisson et le sortait de son profond sommeil. L’été déclinait. Quelques feuilles sèches jonchaient le sol. Alors, pour se réchauffer,  Kotoko partit sur ses quatre petites pattes à la recherche de son petit déjeuner, quelques insectes et vermisseaux. La tête baissée vers le sol, Kotoko ne vit pas la grille qui se dressait devant lui et heurta de son petit museau une barre de fer. La grille était si haute qu’il aurait fallu 20 ou 30 hérissons posés les uns sur les autres pour atteindre son sommet. Elle était peinte en vert et hérissée de piques pour empêcher les intrus de pénétrer dans le parc pendant la nuit, quand il est fermé au public. Toujours aussi curieux, Kotoko s’approcha de la grille et avança sa petite tête entre deux barreaux. Il voulait regarder passer les voitures et les deux roues qui commençaient à circuler dans la rue Nansouty, celle qui longe le parc et monte vers la Cité universitaire internationale.

Son museau à peine pointé à l’extérieur de la grille, Kotoko fut happé par un énorme courant d’air et, sans qu’il ait eu le temps de dire ouf, il se retrouva dans un jardin inconnu qui n’avait rien à voir avec le trottoir de la rue Nansouty.

 

montsouris,tunisie,sidi-drhif

 

Tout de suite, il vit que la grille située derrière lui n’était pas la même que celle du parc. Elle n’était pas verte mais blanche et surtout très rouillée. Elle n’était pas constituée de barreaux bien droits comme celle du parc de Montsouris mais elle était ornée de barres torsadées.

-        Où suis-je ? Mais où suis-je donc arrivé ? marmonnait le pauvre hérisson.

Prudemment, il commença à explorer le petit jardin qui ne ressemblait pas du tout au parc parisien. Un immense bougainvillier aux fleurs rouges ornait un grand mur blanc. Des centaines de fleurs d’hibiscus se balançaient comme des petites cloches au gré de leur humeur. Le sol était parsemé de merveilleuses marguerites. Et au fond du jardin, trônaient une magnifique colonne en marbre et un chapiteau lui aussi en marbre qui devaient avoir été taillés voici bien longtemps…

-        Mais où suis-je ? Où donc ce diable de courant d’air m’a-t-il entraîné ? gémit Kotoko.

Soudain, notre hérisson aperçut une chatte. Il croyait que c’était son amie Marotte. Mais non, ce n’était pas Marotte, la chatte de Montsouris. Kotoko s’approcha de l’animal.

-        Comment t’appelles-tu ?

-        Opus, répondit la chatte tricolore de roux, de blanc et de noir.

-        Dis-moi, Opus, où suis-je ?

 

montsouris,tunisie,sidi-drhif

 

-        En Tunisie ! A Sidi-Dhrif, au sommet de la colline enchantée qui domine la mer. Es-tu donc si étourdi que tu ne sais ni comment, ni où tu es arrivé ?  

-        C’est un courant d’air qui m’a propulsé ici. Je n’ai rien compris.

-        Ah ! s’exclama Opus d’un air entendu. Le courant d’air de la grille magique.

-        Grille magique ? marmonna Kotoko.

-        Oui, la grille qui se trouve derrière toi est magique. Elle peut nous faire passer d’un monde à l’autre. D’un lieu à un autre… Si tu pointes ton museau entre les grilles torsadées, tu peux te retrouver dans le parc de Montsouris… Ou ailleurs !

Kotoko n’en revenait pas. Et pour vérifier les explications surprenantes d’Opus, il tendit son museau vers l’extérieur de la grille magique. Et sans qu’il ait eu le temps de respirer, il se retrouva sur la pelouse de Montsouris… Les deux grilles communiquaient entre elles. Kotoko tout éberlué se dit alors que les obstacles qui se trouvent sous notre nez peuvent être bien facilement surmontés.

Surtout quand on dispose d’une imagination fertile, comme celle de Kotoko, notre étonnant hérisson du Ghana.   

 

03/07/2011

Mademoiselle Moimoi*

            Elle a le nez si pointu et si proéminent et le menton si rentré vers sa gorge qu’on ne peut point l’observer sans voir sur sa face celle d’une grenouille ou d’une chouette. Mademoiselle Moimoi (mais comment diable ses parents ont-ils pu l’affubler de ce prénom ?) Mademoiselle Moimoi se pense très belle, si belle qu’elle ne parle que d’elle.

 

Mademoiselle Moimoi s’admire dans son grand miroir doré. Elle est seule mais elle se parle à elle-même car elle est d’elle-même l’auditrice la plus fidèle et la plus compréhensive.

 

« Ah là là ! Mais qu’est-ce que je suis belle, moi ! »

 

Pourtant le grand miroir ne reflète que la face ingrate d’une vieille chouette. Mais l’illusion de soi peut dans certains cas être plus forte que la réalité.

 

Mademoiselle Moimoi étant danseuse classique, elle esquisse ensuite quelques pas de valse et quelques entrechats devant son miroir doré. « Admirable, quelle grâce j’ai, nom d'un chien ! De quelle souplesse je fais preuve malgré les années ! » Dans le miroir, une silhouette biscornue et sans intérêt se dandine maladroitement.

 

Sur ces entrefaites, arrive une des rares amies de Moimoi. Car Moimoi a peu d’amies. Elle est très exigeante avec ses relations et ces dernières sont triées sur le volet. On pourrait aussi écrire que personne, même les âmes les plus charitables, ne la supporte mais la Moimoi ne s’en est jamais rendu compte.

 

La pauvre amie approche peureusement de la Moimoi sachant par avance qu’elle va récolter quelque pique acerbe en échange de sa visite .

 

« Bonjour Moimoi. Comment te portes-tu en cette belle journée ensoleillée ? »

 

« Mon corps resplendit et ma robe me met si bien en valeur ! Quel galbe ma chère ! Je n’ai pas changé depuis mes 18 ans, le temps de ma splendeur ! » s'exclame la Moimoi.

 

L’amie de Moimoi, la pauvre Nénette,  se retient de rire. Le corps qui s’offre à ses yeux n’a rien de gracile et montre au contraire des signes indubitables d’embonpoint liés à l’âge avancé de Moimoi. On peut être Mademoiselle et compter plusieurs décennies au compteur.

 

Malheureusement, Moimoi aperçoit le sourire à peine esquissé sur les lèvres de Nénette.

 

« C’est ainsi que tu me remercies de tout ce que j’ai fait pour toi, Nénette  ! Tu oses me narguer ! Tu n’es qu’une chipie. Sors d’ici ! »

 

Nénette préfère battre en retraite. Elle sait Moimoi incapable de rédemption et de compréhension, enfermée qu’elle est dans sa tour d’ivoire. Alors Nénette la laisse à elle-même et à son dérisoire amour de soi. Moimoi finira sa vie seule trop occupée qu’elle est de sa personne.

 

 

 

*Toute ressemblance ne serait ici que fortuite et bien involontaire bien que cette histoire me fût inspirée par Madame Leila Trabelsi, épouse du président Ben Ali, dont la bêtise n’avait d’égale que la cupidité. Quand j’ai séjourné en Tunisie, je l’avais baptisée la Trabelmoi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23/06/2011

Un coup de pub pour la Tunisie !

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Pour ceux qui hésitent encore à se rendre en Tunisie, une piqûre de rappel. A Sbeitla, vous visiterez de magnifiques ruines romaines qui vous permettront de comprendre comment vivaient les Romains. Et comme vous pouvez le constater, la guide n'est pas voilée...  

30/05/2011

Allez en Tunisie !

J'encourage tous ceux qui le peuvent à se rendre en Tunisie dans les mois qui viennent. Ils seront bien accueillis et ne le regretteront pas. Je relaie sur mon blog la campagne de publicité qui invite à séjourner dans ce pays charmant.

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