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29/01/2012

Kotoko et la fenêtre fermée

Kotoko dort. Il a regagné le parc de Montsouris après sa dernière aventure*. Notre hérisson est très fatigué et après avoir trouvé un abri sous un grand buisson, il replie ses épines et ferme les yeux.

Après quelques instants dans une obscurité intense, il se retouve sur un bateau. L’esquif** est bien frêle. Balotté par les flots, la barque vogue au gré du vent qui gonfle une voile si petite qu’on dirait un coquillage blanc. A la proue du navire, une figure horrible, aux oreilles dressées et à la gueule de chien, monte la garde sur les flots remuant. Un homme encapuchonné tient d’une main ferme le gouvernail, le regard fixé sur le lointain. Il doit être le pilote ou le capitaine du navire. A l’avant deux matelots scrutent eux aussi l’horizon, pressés de deviner la terre qui finira bien par appraître au bout de cette immensité d’eau sur laquelle ils progressent lentement depuis des jours. Deux passagers se tiennent au milieu du bateau.  Celle qui se tient près du capitaine s’appelle Marie et vient d’Alexandrie en Egypte. De sa main gauche elle tient le bastingage du bateau pour se prévenir d’une chute car le navire roule et tangue. Sa main droite est posée sur son estomac tourneboulé par le mal de mer. Son visage sévère et quelque peu inquiet montre que Marie a hâte d’arriver à bon port. En face d’elle, un jeune homme ou une jeune femme, plus clair de peau, l’invite de sa main gauche à patienter.

 

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        Sainte-Marie l’Egyptienne en route vers Jérusalem, détail d’un vitrail de la cathédrale de Bourges

Kotoko vogue avec ces cinq personnes qu’il voit pour la première fois. Tous dans la même barque ! Les costumes de ses compagnons de voyage, la langue qu’ils parlent et qui lui est inconnue, l’allure du bateau enfin, tout lui laisse à penser qu’il a une nouvelle fois franchi les mystérieuses grilles du parc de Montsouris pour remonter le temps vers une époque très lointaine.

Le périple s’interrompt brutalement quand l’esquif s’approche d’une côte désertique et s’échoue sur une plage. Les trois compagnons de navigation de Kotoko sautent à terre, soulevant dans leurs bras si forts Marie l’Egyptienne et son ami.

Kotoko aperçoit au loin une ville merveilleuse hérissée de clochers, de minarets et de synagogues. Jérusalem. Marie se rend à Jérusalem.

Kotoko n’a pas envie de la suivre car il veut se rapprocher de son Afrique natale. Alors, il ferme les yeux très fort et une nouvelle fois part en voyage. Décidément il lui est bien difficile de rejoindre son Ghana. Le vent mystérieux qui le propulse à travers le temps et l’espace est bien facétieux… Kotoko se retrouve en effet derrière une fenêtre bouclée à double tour.

 

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Notre-Dame de Capimont, chapelle romane du XIIème siècle,

 Lamalou-les-Bains, Hérault

 

Un vitrail légèrement coloré devant lequel on devine de grosses grilles hérissées de pointes acérées. Kotoko ne se décourage pas. Il sait qu’un vent contraire tente de le retenir loin de chez lui et l’empêche d’entreprendre son voyage vers le sud.

-        Cette fois, c’en est trop ! dit Kotoko. Ce vitrail et cette grille ne me font pas peur. Je les franchirai. Rien ne me retiendra.

Sitôt dit, sitôt fait. Le vitrail s’écarte de son cadre, la grille rentre ses griffes et écarte ses barreaux. Kotoko est enfin libre de poursuivre son chemin. Il regarde le soleil. S’oriente vers le sud et entreprend son long voyage vers l’Afrique de l’Ouest.

 

 

*La fenêtre ouverte

 

**Charon leur nautonnier horrible

Qui sur les flots grondants de cette onde terrible

Conduit son noir esquif.

( L'Énéide de Virgile, traduction de Delille,1804, p. 243)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

01/07/2011

Porcelaine blanche

              

proust,magnan,poésie

Noé sur son arche, cathédrale de Bourges, Cher

«Je compris alors que jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l'arche, malgré qu'elle fût close et qu'il fît nuit sur terre.»

Marcel Proust

cité par Pierre Magnan in Les romans de ma Provence                    

 

Sous la lampe de porcelaine blanche,

Les voix veillaient plus loin que mes rêves

Et montaient vers ma chambre

Par la fenêtre entrouverte.

Paroles confuses et sourdes,

Voyageuses pressées

Dévalant les cercles bleus de la tapisserie

Avant de s’envoler sur un rayon de lune

Tombé des volets mal joints.

Nantes, 1976