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27/05/2011

Le printemps tunisien

 

 

Révolution tunisenne janvier 2011.jpg

 

Photo de Nicolas Mathias

 

Cette photo, que j’ai trouvée dans le dossier que France-Inter consacre à la révolution tunisienne sur son site internet, m’a immédiatement arrêté. J’y reviens régulièrement. Elle me parle. J’ai vécu quatre ans en Tunisie. J’y retourne souvent. C’est un peu mon deuxième pays. Je m’y sens chez moi ou presque.

Le jeune homme au premier plan qui fait face à ce qu’on imagine être un cordon de police m’est familier. Non pas que je le connaisse particulièrement. Mais j’ai tellement fréquenté, côtoyé ces jeunes tunisiens, que je le devine. L’indispensable casquette à l’envers avec sa griffe (Lacoste ?), le petit blouson, le pantalon en jean serré, les chaussures de sport (à trois bandes ?). Tout y est. L’uniforme des jeunes tunisois, qui comme leurs aînés,  sont conventionnels  voire conformistes dans leur habillement. Ce garçon interpelle les forces de l’ordre. Il n’a pas peur. Il défie l’ordre les bras jetés en arrière, le bras gauche entouré d’un drapeau ( ?), le torse légèrement bombé. Il donne l’impression de s’offrir en victime : « Allez-y, tirez, visez mon cœur ! »

Prudemment en arrière, à l’abri dans une ruelle, un groupe d’hommes, dont certains masqués, assiste à ce défi. Les regards sont partagés entre le cordon de policiers et le jeune homme qui le provoque. L’un téléphone avec son portable. On les sent immobiles. Ils attendent.

La photo a été prise dans le Tunis européen construit fin 19ème début 20ème.  Les immeubles peints de blanc, pas très bien entretenus, le rideau de fer de la boutique baissé par prudence. Les volets de la fenêtre du premier sont à moitié fermés. On imagine une femme qui de là observe la scène avec effroi. Quelques arbres au fond de la ruelle. Un bon connaisseur de Tunis reconnaîtrait le lieu aisément.

Quelques débris brûlent doucement entre le jeune homme exalté et le groupe prudemment observateur.

La jeunesse a largement porté le mouvement révolutionnaire qui a provoqué la chute du régime de Ben Ali. Cela ne m’a pas étonné. Eduquée, curieuse et courageuse, je savais cette jeunesse capable de révolte. Le jeune homme de la photo est l’essence de cette jeunesse. Il est aussi mon ami Moez, tué en janvier par l’armée qu’il a défiée, aux ordres de laquelle il n’a pas voulu obéir. Il est aussi Hamdi, mort un an avant cette révolution, Hamdi qui étouffait dans la Tunisie bouclée à triple tours par Ben Ali et ses sbires, Hamdi qui est parti sur la mer dans un petit kayak pour rejoindre l’Europe. Rêve fou à la hauteur de son désespoir. Fuir cette prison qu’était devenu pour lui son pays. Il est mort noyé. Il repose au pied de la montagne de Semmama, près de Kasserine, un des foyers du Printemps tunisien.

Jeune homme courageux à la casquette, ton nom est Moez, ton nom est Hamdi.

 

 

 

08:54 Publié dans Tunisie | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Je lis seulement maintenant ce commentaire de photo sur la révolution tunisienne du printemps dernier. C'est très beau et émouvant. Un simple journaliste n'aurait certainement pas mieux fait. Voilà qui donne une bonne idée de l'événement et de la compréhension de ce pays. Les "blogs" précédents de publicité pour lui sont tout à fait justifiés. Irai-je un jour le visiter?

Écrit par : Christian | 31/01/2012

Moi aussi, je viens de découvrir ce beau témoignage. Est-ce que tu permets que je le relaie sur un forum destiné aux étudiants et universitaires travaillant sur le Maghreb?
Merci.

Écrit par : Touriya | 31/03/2012

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