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08/06/2013

Il pleut sur Lamalou

Le bavardage infatigable des curistes des thermes de Lamalou, à propos du temps, m'exaspère. Il en va de même avec les commerçants qui se croient obligés d'aller dans le sens de leurs clients.

Je sais qu'il s'agit d'une forme de communication sociale. Quand on aborde un inconnu, le temps qu'il fait constitue un sujet neutre.

Cependant, les commentaires sur le temps m'exaspèrent car ils vont toujours dans le même sens : dommage, il pleut, merveilleux il fait beau, le soleil brille de tous ses feux.

Jean-Claude Carrière dans "Le vin bourru" (Plon, 2000), ouvrage consacré à Colombières-sur-Orb entre 1930 et 1945, son village natal, à quelques kilomètres de Lamalou, exprime la même réaction. Je le cite (page 98) :

"...Où que je me trouve dans le monde, j'ai gardé pour la pluie un amour sans partage. Elle me tombe toujours dessus, où que je sois, comme un cadeau. Je m'irrite facilement devant le sourire niais de ceux et de celles qui nous annoncent, à la télévision, le temps prévu. Voici la minute imbécile. Tout le pays tire la langue et on nous dit : "Encore une belle journée ensoleillée, demain", ou bien, l'oeil attristé : "Hélas, quelques averses sont à craindre...".

Craindre des averses ? Je ne comprends pas. Il faudrait annoncer exactement l'inverse, affirmer que le beau temps c'est la pluie, et pas seulement pour l'agriculture, pour l'industrie, pour l'air que nous respirons, pour notre santé, pour tout. Les grandes nations sont faites de pluie. Mais apparemment le culte du soleil sévit encore sous des formes modernes et la "météo" ne s'adresse qu'à des adeptes aveuglés."

Fin de citation.

Je partage entièrement la réaction de Monsieur Carrière. J'ai vécu en Afrique de l'Ouest, dans le Sahara mauritanien, en Tunisie, à Madagascar. J'ai connu une sécheresse telle que le moindre tesson de bouteille enflammait la brousse ghanéenne en 1983. Mais quand j'essaie d'expliquer à un interlocuteur "météopathe" que la pluie a aussi du bon, il me regarde comme un extra-terrestre et s'éloigne un peu du "fada" qu'il voit en moi ...

Il vaut mieux parler comme tout le monde. Dans notre époque d'un conformisme extrême, préférer la pluie (modérément) au soleil (modérément) est perçu comme une originalité difficilement compréhensible. Et il ne s'agit que d'un exemple qui ne prête à aucune conséquence ! Heureusement pour moi !

PS : je remercie Eric Morisset d'avoir trouvé l'ouvrage de Jean-Claude Carrière chez un bouquiniste de Bourges et de me l'avoir fait connaître.

 

PS : J'ajoute quelques lignes suite aux commentaires que j'ai reçus et qui figurent un peu plus bas.

1. Parler du temps n'empêche nullement les curistes de Lamalou et d'ailleurs de parler aussi de leur santé et abondamment.

2. Je ne conteste pas le rôle social du discours sur la pluie et le beau temps. Quand on n'a rien à se dire, c'est pratique. Se taire est une autre solution, reposante pour les oreilles des voisins.

3. Ce que je conteste dans le discours météorologique, c'est qu'il est exclusivement orienté vers la présence du soleil. "du beau temps". Sans lui, point d'espoir. Je ne conteste pas du tout l'influence bénéfique de la lumière solaire sur notre organisme et notre esprit. Mais je peux assurer qu'au bout de 4 ou 6 ou 8 mois de soleil ininterrompu comme cela peut-être le cas dans le Sahara, les nuages et la pluie sont attendus avec ferveur ! On veut nous faire croire qu'on est heureux parce qu'on est exposé au soleil. Le bonheur ne vient pas de l'extérieur, mais de nous, de notre intériorité. Je concède qu'un rayon de soleil en plein hiver ou une belle lumière méditerranéenne procurent du plaisir. Du plaisir oui. Mais du bonheur ?

 

 

 

 

  

Commentaires

N'en déplaise à Jean-Claude Carrière, je suis héliothéiste, mais sans fanatisme, et revendique le droit de ne pas aimer, non pas la pluie, mais la grisaille!
Ceci dit, le texte est beau et je te remercie aussi de nous le faire découvrir.

Écrit par : Touriya | 09/06/2013

Avez-vous jamais entendu un jeune de 20,30 voire 40 ans parler du temps qu'il fait? Moi pas. Et si mes souvenirs sont bons à l'époque de mes 20 ans on se moquait du mauvais temps, la vie était palpitante qu'il pleuvait ou ventait. Bref, la méteopathie est une maladie de l'âge. Passé certain âge les préoccupations changent, et parler du temps, de tout et de rien, sert à faire taire les angoisses internes. Imaginez que vous rencontrez des curistes et qu'ils vont vous dire ce qui se passe réellement dans leurs têtes. Imaginons un peu le dialogue suivant:

Jean-Julien:Bonjour M. Michou comment allez vous ?

M.Michou:Oh mon cher Jean-Julien, pas bien, pas bien du tout, j'ai mal partout, ma prostate me fait souffrir et je ne sais plus quoi faire pour aller à la selle.

Jean-Julien:Forlax, M.Michou, prenez du Forlax,mangez des épinards, pruneaux, et des tomates, pour la prostate, il n y a pas grande chose à faire, elle a bien travaillé son temps est limitée il faut se résigner M.Michou, allé bonne journée malgré tout.

Jean-Julien:Oh, MME. Dupont bonjour comment allez-vous

MME. Dupont: mon cher Jean-Julien, j'ai mal partout, mon dentier s'est cassé, j'ai des fuites urinaires horribles je ne peux même plus éternuer sans devenir le Niagara ambulant, ma tension artérielle me transforme en cocotte minute.

Jean-Julien: ma pauvre MME.Dupont, Tena, prenez des protections Tena, elles sont les meilleurs.....

STOP!!!

Je préfère entendre les commentaires sur le temps, scruter le ciel et pester contre la pluie. Et puis se dire - demain est un autre jour, peut-être enfin il fera beau et alors on n'aura plus mal et on ne pensera plus, le Soleil va rajeunir nos corps, éclairer nos esprits, chauffer les vieux os.
Et quand le Soleil arrive, forcement il est trop fort, alors on va se plaindre de la chaleur, des étouffements, de la sécheresse, de la canicule. On va attendre la pluie comme une délivrance, pour pouvoir respirer, réfléchir, faire une balade. Ainsi va la vie après combien? 60? 70? 80 ans.Voilà pourquoi et comment le temps qu'il fait est une question de vie ou de mort passé certain âge. Parler de tout les sujets neutres en l' occurrence du temps qu'il fait est un déni de la défaillance corporelle et souvent intellectuelle. N'ai je pas raison?

Écrit par : Lidia | 19/06/2013

Une faute s'est glissée dans mon texte, je la corrige toute de suite: "la vie était palpitante qu'il plût ou qu'il vantât" , c'est ça la forme correcte? N'est-ce pas?

Écrit par : Lidia | 19/06/2013

Je ne sais pas si le chef de l'Etat français partage le point de vue de Jean-Yves à propos de la pluie....
En tout cas, en Poitou ce n'est pas de la pluie dont on se plaint , mais de la grisaille qui dure de octobre à début juillet cette année. Crachin breton, averses, oui, mais ciel bas et gris, Non !

Écrit par : Lefrançois joseline | 13/07/2013

Les commentaires sont fermés.