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09/02/2010

Koudi va à l'école

Chamonix, Paris, janvier et février 2010

 

Pour mon Koudi

 

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Koudi va à l’école

 

 

Kotoko, le hérisson, arrive à Bassi, le village de son ami Koudi.

 

Koudi a 6 ans et, depuis qu’il sait marcher, il passe ses journées à jouer entre les cases et à courir dans la brousse. Parfois il pousse devant lui une vieille roue de bicyclette qui a  perdu son pneu depuis longtemps.

 

Le jeu préféré de Koudi c’est de traîner Kwamé, son copain, sur une planche en bois. Et quand Koudi est fatigué, c’est Kwamé qui le tire sur la planche. Ils sont couverts de poussière et tout en sueur. Mais si heureux tous les deux !

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Kotoko, le hérisson, appelle Koudi très fort car il ne sait pas où est son ami. Et Koudi surgit de derrière un vieil arbre à pain.

 

-         Koudi, bonjour. Ta maman et ton papa m’ont demandé de venir te voir car ils ne sont pas contents de toi.

-         Bonjour Kotoko, je suis heureux de te voir. Mais que me reprochent papa et maman ?

-         Ils m’ont dit que tu ne veux pas aller à l’école. Est-ce bien vrai ? Je n’en crois pas mes oreilles de hérisson…

-         Oui, Kotoko, c’est vrai. Je ne veux pas aller à l’école. J’aime jouer avec Kwamé entre les cases du village. Poursuivre les chèvres. M’accrocher aux branches de mon vieil arbre à pain. Attraper des criquets, les  faire frire et les manger. C’est ma vie !

-         Koudi, tu n’es pas sérieux. Ta mère et ton père sont bien tristes : eux qui voulaient aller à l’école quand ils avaient ton âge, ils n’ont pas pu réaliser leur rêve. Il n’y avait pas d’école dans leurs villages. Aujourd’hui il y a une école toute neuve à Bassi, au cœur de ton village. Tu as assisté à sa construction. Un jeune maître d’école vient d’arriver. Il est ici pour toi et tes camarades.

 

Koudi se tait. Il ne veut pas répondre à Kotoko. Il entraîne son ami hérisson vers la case  de sa famille et tous les deux partagent en silence du riz arrosé d’une délicieuse sauce à l’arachide. Lorsque leurs estomacs sont pleins comme des outres, les amis s’endorment à l’ombre de la case… Et Koudi rêve…

 

Koudi rêve qu’il se retrouve seul dans une très grande ville pleine de bruits, de voitures, de motos. Il est bousculé par des gens pressés qu’il ne connaît pas… Partout il voit des inscriptions mais il ne sait pas les lire. Les noms des rues, les enseignes des magasins, les directions des autobus, il ne peut rien déchiffrer…

Il a peur, il transpire beaucoup, personne ne veut l’aider. Il crie…

 

-         Que se passe-t-il ? s’exclame Kotoko.

 

Dans son cauchemar, Koudi entend son ami Kotoko, se réveille et se redresse rapidement.

 

-         Ah, Kotoko ! Que je suis content de te voir ! Ta voix m’a sauvé d'un rêve affreux. J’étais perdu dans une  ville immense et comme je ne sais pas lire, j’étais incapable de trouver mon chemin…

-         Tu vois ce qui va t’arriver si tu choisis de rester analphabète toute ta vie, lui répond Kotoko.

-         Kotoko, je crois que c’est toi qui m’as envoyé ce rêve… Serais-tu sorcier ? J’ai maintenant envie d’aller à l’école. Pour y apprendre à lire, écrire, compter et découvrir le monde…

-         Tes parents vont être satisfaits, Koudi. Mais tu sais, c’est pour toi que l’école est la plus importante… Elle va changer ta vie. Et puis après la classe, et le samedi, et le  dimanche et pendant les vacances tu pourras jouer tout ton saoul !

 

Koudi court à la recherche de Kwamé, le trouve perché au sommet du vieil arbre à pain, le fait descendre et l’entraîne vers l’école du village.

 

Et là, commence une nouvelle et belle histoire qui occupera Koudi et Kwamé pendant de nombreuses années.   

 

 

 

 

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23/01/2010

Les cèdres de Sarlan

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Les cèdres de Sarlan

 

 

Les arbres parlent aux enfants.

Les enfants écoutent les arbres.

Les adultes, qui ne sont plus des enfants, entendent les feuilles frissonner dans le vent, les branches craquer, les fruits tomber sur le sol…

Les adultes entendent les bruits des arbres et ne comprennent plus leurs paroles.

Les adultes ont grandi. Ils ont oublié les belles histoires que les arbres racontent.

Il était une fois un grand château entouré d'un grand parc au milieu de montagnes vertes et douces. Depuis des siècles, on l'appelle Sarlan. Voici bien longtemps, les proprétaires avaient planté des cèdres dans le grand parc.

Ces cèdres venaient de loin, de très loin. D'un pays dont le nom fait rêver, le Liban.

Un après-midi, Lana et Ewan se promenaient dans la grand parc de Sarlan en se tenant par la main pour ne pas se perdre. Lorsqu'ils arrivèrent dans l'allée bordée de cèdres, ils entendirent un murmure et crurent que leur papa ou leur maman étaient venus à leur rencontre.

Mais non, personne.

Le murmure devint paroles. Alors Lana serra très fort la main d'Ewan car elle ne savait pas qui parlait ainsi...

Mais Ewan et Lana n'avaient pas peur. Ils arrêtèrent de marcher, se tournèrent vers le plus haut, le plus large et le plus beau de tous les cèdres, là d'où venaient les paroles.

Et le vieux cèdre dit aux enfants de sa voix grave :

“Il y a bien longtemps, je suis sorti de la terre libanaise, minuscule pousse que les sangliers auraient pu écraser sans même la voir.

Mais ils m'ont épargné.

La grêle des orages ne m'a point percé.

C'est ainsi que j'ai pu grandir protégé par les cèdres plus vieux, plus grands et plus solides.

Un jour, alors que j'ateignais 40 centimètres, haut comme quatre pommes, on entendit des voix dans la forêt. Des hommes chargés d'armes et coiffés de jolis chapeaux arrivaient là où je grandissais.

Ils commencèrent à creuser la terre qui entourait mes racines et soudain me soulevèrent.

Pour moi qui n'avais jamais bougé depuis ma naissance ce fut une surprise.

Placé dans un grand pot de terre cuite, les voyageurs m'embarquèrent sur un bateau qui finit par arriver à Marseille après bien des jours et des nuits remués par les vagues.

C'est dans ce port que les voyageurs se séparèrent et que chacun partit planter sa jeune pousse de cèdre aux quatre coins de la France.

Mon voyageur remonta la vallée du Rhône, sans oublier de m'aroser, et après avoir traversé de hautes montagnes, nous arrivâmes à Sarlan dont il était le seigneur. Et il me planta là où je suis aujourd'hui pour vous parler, à vous Ewan et Lana.

J'étais habitué à la montagne, au froid de l'hiver, au chaud l'été. Je connaissais les orages grondeurs et la neige silencieuse. Je me suis toujours plu dans le grand parc de Sarlan. Maintenant je suis aussi haut que les tours de château et je vois tout ce qui se passe dans la parc. Si un jour vous êtes égarés dans la forêt, Lana et Ewan, appelez-moi et dites : “Vieux cèdre, donne-nous le chemin que nous avons perdu !”. Et je vous guiderai. Mais tout cela doit rester un secret entre nous. Car seuls les petits enfants comprennent ce que leur disent les arbres de Sarlan”.

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Le cèdre se tut. Ewan et Lana coururent vite vers le château où grand-mère Jana sonnait la cloche pour annoncer l'heure du goùter.

Ils ne diront rien.

Les enfants savent garder leurs secrets.

 

 

 

 

 

08/12/2009

Le concert des animaux

Le concert des animaux

Pour Relwendé

La nuit est profonde au-dessus de Bandiagara.
Le ciel est noir, percé de millions d’astres qui brillent de tous leurs feux.
La nuit, l'air du pays Dogon*est si pur, si transparent et si calme qu'on entend glisser les étoiles.
Temé dort sur le sable, sur une simple natte, enveloppé dans son grand boubou bleu.

Quand vers l'Est, du côté du Sahara, le ciel commence à rosir et que les étoiles s’éteignent les unes après les autres,
le grand concert des animaux se prépare.
Temé entrouvre un œil.

Très matinal, le coq a chanté avant l’aube
Quand il a senti que le soleil se rapprochait de l’horizon.
Il a prévenu ses poules de l’imminence du jour.
Elles doivent se préparer à picorer des grains de mil et à pondre leurs œufs en caquetant.

Quand le coq a lancé son premier «cocorico», les oiseaux de nuit se sont tus.
«Fini les hululements des heures obscures !» pense Temé qui de son œil entrouvert aperçoit la chouette et le hibou qui se cachent dans un trou d’arbre.
Ils vont dormir de peur d’être éblouis par la lumière du soleil levant.

Dans l'air frais et rose du matin, le ciel bleuit peu à peu.
Commence alors le grand concert des animaux.
L'âne se réveille.
Il a dormi debout et déjà prêt pour une nouvele journée de travail, il réclame son foin et pousse un cri si puissant que Temé ouvre son second oeil. «Quand cessera-t-il de braire cet âne ? Il me fait toujours sursauter.»

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Les chèvres ne sont pas en reste.
Déjà excitées à l'idée de partir en brouse dévorer les feuilles d' acacias et autres épineux, elles bêlent en choeur : les mères appellent leurs chevreaux, les chevreaux répondent à leurs mères. Les boucs encore endormis leur demandent en vain de bêler moins fort.

Le concert s'amplifie de minute en minute.

Les chiens soudain aboient.
Bien qu'ils aient peu dormi car ils ont gardé les maisons toute la nuit pour les protéger des voleurs, ils commencent eux aussi leur journée de labeur.
Ils entourent les vaches et leurs veaux pour les conduire aux pâturages sous la houlette des bergers.

Temé se lève en secouant son grand boubou, vaincu par ce vacarme. Mais le concert se poursuit.

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Dès que les chèvres furent réveillées, les moutons ont suivi le mouvement. Jamais les moutons ne se décident seuls, ils imitent les autres animaux. Et ils bêlent, ils bêlent sans trop savoir pourquoi ou peut-être pour dire qu'ils sont là, eux aussi, à Bandiagara et que maintenant les oiseaux rêvent de frôler le ciel tant il est bleu et le soleil brillant.
Les martinets montent si haut, si haut que leurs cris stridents se perdent dans l'air du matin.

C'est alors que le chat rentre de sa nuit de chasse.
Dans l'obscurité propice, il a traqué les souris et autre mulots qui dévorent le sorgo et le maïs dans les greniers.
Quelques uns ont fini sous les crocs du terrible félin, si grand chasseur la nuit et si doux compagnon des hommes le jour.
Le chat aussi utile aux agriculteurs que le chien aux éleveurs.
Le chat est un animal discret et il miaule avec parcimonie, pour saluer ses maîtres, appeler un chaton égaré.
Fatigué de sa nuit de chasse, il dort d'un oeil en ronronnant, bien à l'aise à l'ombre d'une véranda, tout en surveillant sa cour.

Temé a déjà repris le travail dans les champs.
Le concert des animaux est terminé.
Mais demain dès l'aube, il reprendra
et longtemps il en sera ainsi.

*Le pays Dogon est une région du Mali


Kodjo, le crabe bleu de la Volta

Pour Nassib Calvin Nader qui m'a inspiré cette histoire


Kodjo pleure sur les bords du grand fleuve Volta.
Il pleure parce qu’il est seul.
Les crabes rouges sont rassemblés un peu plus loin et ils jouent avec leurs pinces.

Kodjo est seul. Il est né bleu, bleu comme sa maman et son papa. Bleu au milieu des crabes rouges qui lui font bien sentir qu’il n’est pas comme eux, qu’il est différent :
« Il est tout bleu, Kodjo, chantent les crabes rouges, il est tout bleu et nous nous sommes rouges ! Kodjo n’est pas comme nous. Qu’il reste dans son coin ! »

Kodjo a perdu ses parents. Un jour qu’ils cherchaient leur nourriture dans le sable au bord de l’immense Volta, un pêcheur les capturés et fourrés dans un grand sac. Kodjo ne les a jamais revus…

Heureusement Kodjo a un ami, Kotoko le hérisson qui vit dans les buissons et se nourrit des insectes qui pullulent sur les rives du grand fleuve. Kotoko voit que Kodjo pleure et court lentement vers lui, lentement car le hérisson même s’il est pressé ne peut pas courir vite.

- Pourquoi pleures-tu Kodjo, mon petit crabe bleu que j’aime tant ?
- Je pleure parce que je suis tout seul, les crabes rouges ne veulent pas de moi. Ils disent que je ne suis pas rouge comme eux et que je dois rester isolé. Ils ne veulent pas me toucher de peur de devenir bleu…
- Ils t’ont dit cela ! s’exclame Kotoko.
- Oui et plusieurs fois !

Le sang de Kotoko ne fit qu’un tour. Il courut lentement jusqu’au groupe de crabes rouges et s’adressa au plus âgé d’entre eux sensé être le plus sage car il venait d’avoir sept ans…

- Pourquoi laissez-vous Kodjo tout seul, lui qui a perdu ses parents ?
- Il est bleu, il n’est pas comme nous. S’il nous touche, on a peur de devenir bleus !
- Mais qui vous a mis cela dans la tête ? Depuis quand un crabe peut-il déteindre sur un autre crabe ? Qui a vu cela de ses yeux parmi vous ?
- C’est Kwamé qui le raconte. Son père le lui a dit. Et son père le sait de son grand-père qui le sait de son père. C’est donc vrai !
- Et tu crois cela, toi Kossi qui es si intelligent et si raisonnable, dit Kotoko en éclatant de rire. Approche Kodjo, mon petit crabe bleu que j’aime tant, cria Kotoko.

Tout apeuré et tremblant, Kodjo s’approcha lentement des crabes rouges. Quand Kodjo fut au milieu des crabes rouges qui le regardaient avec mépris, Kotoko le hérisson prit la pince droite de Kodjo et la frotta contre la pince droite de Kossi. Les crabes rouges poussèrent un cri d’effroi.

- Kossi va devenir tout bleu, c’est terrible, criaient-ils en chœur.

Mais rien ne se passa.
Kodjo resta bleu et Kossi resta rouge.
Les crabes rouges étaient stupéfaits.

- Vous voyez, dit Kotoko, qu’il ne faut pas toujours croire ce qui vient de nos ancêtres. Parfois ils se trompent et si Kodjo est malheureux et seul c’est à cause d’eux…

Kossi comprit ce jour-là que la couleur n’est qu’une apparence et que sous leur carapace, tous les crabes ont le même cœur. Il se rapprocha de Kodjo, le serra très fort de ses deux pinces et lui dit :

- Désormais tu es des nôtres. Il n’y a plus de crabes rouges, bleus, verts ou jaunes… Nous sommes tous des crabes, il n’y a que cela qui compte.


Tous les crabes applaudirent et depuis ce jour, Kodjo n’est plus seul. Il vit au milieu de la grande famille des crabes de la Volta. Et il est heureux.



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Kodjo, le crabe bleu de la Volta