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11/06/2012

Kotoko et les baleines

 

Kotoko est rassuré. Son ami, Vieux Charlie, a accepté de le conduire à Pram-Pram au bord de la plage. Ils utilisent la Suzuki, surnommée « Je ne sais pas par quel miracle je roule, mais je roule… » (traduction approximative de l’éwé), et rallient rapidement le village de Pram-Pram avant de prendre la route qui conduit au bord de l’océan. La plage est immense. On la dirait sans fin. On pourrait y marcher des heures sans voir son extrémité. C’est cela qui plaît à Kotoko : le sable infini et le bruit monotone des vagues qui viennent mourir sur le rivage.

Notre hérisson est enfoui dans sa rêverie quand ses amis pêcheurs le rejoignent. Ils se dirigent vers leur pirogue et se préparent pour une partie de pêche en haute mer.

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Des bancs de thons ont été signalés au large et comme ces poissons se vendent bien au marché de Tema, il serait intéressant d’en pêcher beaucoup. Kotoko n’a nullement l’intention d’accompagner ses amis mais ces derniers insistent.

-          Kotoko, notre petit hérisson chéri, viens avec nous. Tu es notre mascotte. Tu nous porteras chance. Si tu nous accompagnes, nous rapporterons du poisson !

-          Merci pour l’invitation, les amis. Vous savez que je n’aime pas beaucoup l’eau, encore moins quand elle est salée ! Et toutes ces vagues qui vous brinquebalent dans tous les sens !

-          Ne t’en fais pas ! Tu fermeras les yeux quand nous franchirons la barre. Et nous emportons de l’eau douce pour nous désaltérer.

-          Ah ! Que ne ferais-je pas pour vous faire plaisir ! Au diable mes appréhensions ! Embarquons ! finit par céder Kotoko.

Sitôt dit, sitôt fait. Les pêcheurs poussent la barque vers l’océan en s’aidant de troncs d’arbre sur lesquels ils roulent la lourde barque. Puis vient l’instant où l’embarcation entre en contact avec l’eau et devient difficilement contrôlable. Il faut éviter qu’elle ne se mette de travers ce qui l’exposerait à un chavirage. Les amis de Kotoko sont expérimentés et ils s’aident d’un câble tendu au large pour progressivement glisser la pirogue sur l’eau. Kotoko a peur, mais il n’en montre rien car il veut paraître courageux devant l’équipage.

 

Et vogue le petit navire ! Le moteur est en route. L’étrave fend les vagues en soulevant d’énormes paquets d’embruns et d’écume. Tout le monde est trempé. Kotoko l’est jusqu’à sa dernière épine ! Heureusement qu’il ne fait pas froid. L’eau de mer qui sèche laisse cependant sur la peau des traces de sel qui finissent par piquoter.   

Après quelques heures de navigation vers le large, un des marins aperçoit un petit geyser à la surface de l’océan.

-          Je me demande s’il ne s’agit pas d’une baleine, dit le capitaine Kodjo. Elles viennent  chaque année dans les parages pour se reproduire. Il va falloir faire très attention car si l’une d’entre elles nous soulève, nous finirons comme Jonas, dans son estomac. Certes l’estomac d’une baleine est grand comme une maison, mais pour en sortir, il n’y a pas d’escalier !

-          Regardez, crie Kotoko, la baleine sort de l’eau. On voit son dos immense, lisse comme une ardoise. Et maintenant sa queue qui fouette les vagues ! C’est magnifique ! Je ne regrette pas de vous avoir accompagnés, mes amis !

Kotoko se réjouit peut-être un peu trop vite. Il n’y a pas une baleine isolée autour de la pirogue mais tout un banc qui poursuit un immense nuage de petits poissons dont les baleines raffolent. C’est à celle qui ira le plus vite, qui plongera la première pour avaler des dizaines de kilos de poissons d’un coup. Il en faut des tonnes pour nourrir ces grandes carcasses. Les baleineaux ne sont pas en reste. Aux côtés de leurs mères, ils imitent leurs mouvements pour attraper un maximum de nourriture vivante puis remonter à la surface pour prendre de l’air avant de replonger. Le spectacle est grandiose. La pirogue de Kodjo est ballotée mais elle tient bon. On dirait que les baleines tiennent compte de sa présence et la protègent. Depuis longtemps les pêcheurs de Pram-Pram ne s’attaquent plus aux baleines. Ils respectent ces mammifères qui ont été la proie des hommes pendant des siècles. Il y eut même un président de la République dans un pays voisin du Ghana qui s’amusait à tirer sur les baleines depuis un hélicoptère !  Et il n’y a pas si longtemps.

Le grand tumulte s’apaise progressivement. L’estomac des baleines doit désormais être rempli. Les cétacés se calment et tournent lentement autour de la pirogue. Ils se rapprochent de l’embarcation au point de la frôler. Pas pour la renverser. Pour jouer tout simplement. Kotoko peut ainsi voir de très près les petits yeux malins des baleines et il découvre que leur peau, épaisse de plusieurs centimètres, est par endroit couverte de parasites, de coquillages entre autres.

-          Je trouve que rôde une drôle d’odeur. D’où cela peut-il venir ? dit Kotoko.

-          Ah ! s’exclame Kodjo, le capitaine expérimenté, on voit que tu n’as jamais fréquenté nos amies les baleines. Tous ceux qui les ont approchées te diront qu’elles puent. Tous les parasites qui leur collent à la peau, tous les détritus qui embarrassent leurs fanons, tout cela dégage un parfum nauséabond… Tu vois Kotoko, les baleines sont magnifiques. Et cependant elles ne sentent pas bon ! On devrait leur acheter des brosses à dent et du dentifrice !

-          Bonne idée, reprend Kotoko. Mais où trouver des brosses à dent de plusieurs mètres ? Et puis les baleines n’ont pas de mains pour tenir la brosse… Les baleines ne sentent pas bon. C’est ainsi. 

 

Il est maintenant temps de rentrer à Pram-Pram. De gros nuages s’accumulent vers l’est et c’est le signe qu’on orage approche. Il ne fait pas bon être en mer quand le tonnerre gronde. Arrivé près de la plage, Kotoko salue ses petits amis qui font du surf sur de vieilles planches.

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 Il les rejoindrait bien volontiers mais il est déjà tout trempé des embruns sur la pirogue. Que serait-ce sur une planche de surf ! La pêche n’a pas été fructueuse mais Kotoko revient à terre avec une moisson de souvenirs inoubliables. Des baleines ! Et des baleines qui puent ! On ne les sentira jamais devant un écran de télévision !

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Le retour des pirogues à Pram-Pram

16/04/2012

Le papillon de Pram-Pram

 

Ouagadougou est déjà loin. L’autocar roule à bonne allure. Kotoko a décidé de rentrer confortablement dans son pays natal, le Ghana, et a acheté un billet Ouagadougou – Accra aux guichets de  la compagnie de transport « Diplomat » (en anglais) qui assure le trajet entre les deux capitales. Oubliés le dos de la cigogne, les taxis-brousse brinquebalants et la charrette de « L’âne », adieu les nuages de poussière, désormais Kotoko voyage au frais dans un grand autocar climatisé. Les grands voyageurs savent qu’à l’issue d’un périple de plusieurs milliers de kilomètres par la route, ce sont les derniers kilomètres qui paraissent les plus longs. La hâte d’arriver à bon port grandit, l’impatience de revoir ses proches également.

 

Paga, Tamale, Kumasi et enfin Accra, le terminus de l’autocar « Diplomat ». Kotoko reconnaît à peine la grande ville qui se transforme sans cesse. Les immeubles sortent de terre aussi vite qu’une taupe de son trou. Les boulevards s’élargissent. Le tohu-bohu des milliers de voitures qui encombrent Accra n’enchante guère Kotoko qui se dépêche de rallier Tema, le grand port de commerce situé à quelques kilomètres à l’est de la capitale. Là, l’air est plus frais, parfois traversé d’une odeur de poisson qui sèche, mais respirable. Kotoko se précipite chez son ami Charlie, le vieux gecko qu’il a connu voici bien des années.

 

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Charlie, le vieux gecko

 

-        Bonjour Charlie ! Comment vas-tu ? Je suis enfin de retour d’Europe. J’ai tant de choses à te raconter…

-        Bonjour Kotoko. Je te sens bien fatigué. Tu as parcouru tant de kilomètres. Tu dois avoir la cervelle pleine de souvenirs. Sache qu’ici, rien n’a beaucoup changé. Certes les enfants ont grandi et ne reviennent à la maison que pour les vacances scolaires. Mais mon patron est toujours fidèle à notre petite cour et nous menons tous les deux une vie bien calme. L’âge venant, c’est agréable de prendre son temps !

-        Charlie ! J’ai quelque chose à te demander. Allons tous les deux à Pram-Pram, j’ai envie de revoir la plage où j’ai passé tant de bons moments.

-        D’accord. Prenons la vieille mais vaillante Suzuki que mon maître a réparée. Elle nous conduira bien jusqu’à Pram-Pram !            IMG_3807.JPG

 

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Le port de pêche de Tema

 

Après un rapide détour par le port de pêche de Tema, Charlie et Kotoko empruntent la grand’ route qui file jusqu’à Lomé au Togo. Après quelques kilomètres, ils tournent à droite et aboutissent sur la plage de Pram-Pram où les pirogues attendent de prendre la mer.

 

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Les pirogues de pêche de Pram-Pram

 

-        Ah ! Mon cher Charlie ! Comme nous sommes bien, ici, au bord de l’océan. La brise souffle dans les grands cocotiers. Les embruns nous rafraîchissent.

-        Kotoko, que dirais-tu d’un bon poisson grillé ?

-        Merci Charlie. Quelques sauterelles et quelques mouches me suffiront. Je suis un insectivore incorrigible ! Même si de temps en temps je m’offre un escargot.

 Nos deux amis devisent en flânant sur la plage lorsque Kotoko retrouve un de ses vieux amis : le papillon de Pram-Pram, Butterfly.

 

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Détail d'une tapisserie de Roger Bezombes, fondation Lucien Paye, Cité universitaire internationale, Paris

 

-        Papillon ! Papillon ! dit Kotoko à l’adresse de son ami ailé.

-        Kotoko ! Tu es de retour ! Je pensais ne jamais te revoir ! Tu ne donnes jamais de nouvelles.

-        Comment aurais-je pu t’oublier, mon cher papillon, mon cher Butterfly ? Toi qui me pris sur tes ailes et  me promenas dans les airs pour la première fois !

Nos trois amis, Charlie le gecko, Kotoko le hérisson, et Butterfly le papillon, s’embrassent avant de partir fêter leurs retrouvailles.