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30/01/2012

Commentaire

Je remercie sincèrement Lidia pour sa fidélité et ses commentaires précieux. Je tiens cependant à préciser que Marie dans La fenêtre fermée figure dans cette histoire en tant qu'Egyptienne se rendant à Jérusalem environ 400 ans après JC et non pas en tant que sainte, qu'elle ne deviendra d'ailleurs que bien plus tard. Mes intentions dans les histoires pour les enfants sont multiples : ouvrir les yeux des petits, les faire rêver, développer leur imaginaire, leur apprendre à s'intéresser à l'histoire, à la géographie, aux mots. Tout cela en s'amusant. J'essaie aussi de leur conseiller la persévérance dans un monde où règnent trop souvent l'éphémère et le "zapping".  Je ne me permettrais pas d'intervenir dans le domaine de la foi, strictement privé, que je respecte trop profondément pour en faire un sujet de conte.

 

29/01/2012

Kotoko et la fenêtre fermée

Kotoko dort. Il a regagné le parc de Montsouris après sa dernière aventure*. Notre hérisson est très fatigué et après avoir trouvé un abri sous un grand buisson, il replie ses épines et ferme les yeux.

Après quelques instants dans une obscurité intense, il se retouve sur un bateau. L’esquif** est bien frêle. Balotté par les flots, la barque vogue au gré du vent qui gonfle une voile si petite qu’on dirait un coquillage blanc. A la proue du navire, une figure horrible, aux oreilles dressées et à la gueule de chien, monte la garde sur les flots remuant. Un homme encapuchonné tient d’une main ferme le gouvernail, le regard fixé sur le lointain. Il doit être le pilote ou le capitaine du navire. A l’avant deux matelots scrutent eux aussi l’horizon, pressés de deviner la terre qui finira bien par appraître au bout de cette immensité d’eau sur laquelle ils progressent lentement depuis des jours. Deux passagers se tiennent au milieu du bateau.  Celle qui se tient près du capitaine s’appelle Marie et vient d’Alexandrie en Egypte. De sa main gauche elle tient le bastingage du bateau pour se prévenir d’une chute car le navire roule et tangue. Sa main droite est posée sur son estomac tourneboulé par le mal de mer. Son visage sévère et quelque peu inquiet montre que Marie a hâte d’arriver à bon port. En face d’elle, un jeune homme ou une jeune femme, plus clair de peau, l’invite de sa main gauche à patienter.

 

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        Sainte-Marie l’Egyptienne en route vers Jérusalem, détail d’un vitrail de la cathédrale de Bourges

Kotoko vogue avec ces cinq personnes qu’il voit pour la première fois. Tous dans la même barque ! Les costumes de ses compagnons de voyage, la langue qu’ils parlent et qui lui est inconnue, l’allure du bateau enfin, tout lui laisse à penser qu’il a une nouvelle fois franchi les mystérieuses grilles du parc de Montsouris pour remonter le temps vers une époque très lointaine.

Le périple s’interrompt brutalement quand l’esquif s’approche d’une côte désertique et s’échoue sur une plage. Les trois compagnons de navigation de Kotoko sautent à terre, soulevant dans leurs bras si forts Marie l’Egyptienne et son ami.

Kotoko aperçoit au loin une ville merveilleuse hérissée de clochers, de minarets et de synagogues. Jérusalem. Marie se rend à Jérusalem.

Kotoko n’a pas envie de la suivre car il veut se rapprocher de son Afrique natale. Alors, il ferme les yeux très fort et une nouvelle fois part en voyage. Décidément il lui est bien difficile de rejoindre son Ghana. Le vent mystérieux qui le propulse à travers le temps et l’espace est bien facétieux… Kotoko se retrouve en effet derrière une fenêtre bouclée à double tour.

 

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Notre-Dame de Capimont, chapelle romane du XIIème siècle,

 Lamalou-les-Bains, Hérault

 

Un vitrail légèrement coloré devant lequel on devine de grosses grilles hérissées de pointes acérées. Kotoko ne se décourage pas. Il sait qu’un vent contraire tente de le retenir loin de chez lui et l’empêche d’entreprendre son voyage vers le sud.

-        Cette fois, c’en est trop ! dit Kotoko. Ce vitrail et cette grille ne me font pas peur. Je les franchirai. Rien ne me retiendra.

Sitôt dit, sitôt fait. Le vitrail s’écarte de son cadre, la grille rentre ses griffes et écarte ses barreaux. Kotoko est enfin libre de poursuivre son chemin. Il regarde le soleil. S’oriente vers le sud et entreprend son long voyage vers l’Afrique de l’Ouest.

 

 

*La fenêtre ouverte

 

**Charon leur nautonnier horrible

Qui sur les flots grondants de cette onde terrible

Conduit son noir esquif.

( L'Énéide de Virgile, traduction de Delille,1804, p. 243)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25/01/2012

La Sévigné sur les rives de la Bièvre

 A Paris ce 20 mai 1681

 

Ma toute bonne,                                                                         

 

La Ventière vient de me transporter au bout du monde, dans un lieu que l’esprit le plus fertile n’aurait point imaginé. Il arriva de bon matin avec une voiture légère à laquelle notre bonne jument Nyctalope était attelée.

-        Marquise, me dit-il, en ce magnifique jour de mai  je vous propose de sortir de Paris et de filer bon train vers la rive gauche de la Seine qui ne vous est point très familière. J’ai une surprise pour vous !

Et fouette, cocher ! A peine étais-je remise de mon étonnement que Nyctalope et notre équipage s’engageaient place Royale* après avoir quitté en trombe la cour pavée de mon hôtel de Carnavalet. Décidément cette Nyctalope a du tempérament. Il est vrai que le cocher du marquis de Rambuteau qui conduisait l’attelage me semblait bien pris de boisson et que nous négociions les tournants sur les chapeaux de roues. Les fers de nos roues laissaient jaillir des étincelles contre les bornes qui protègent les porches…

A peine quittée la place Royale, nous débouchâmes sur le pont Marie et traversâmes au grand trot l’Isle Saint-Louis avant de nous engager sur le pont de la Tournelle. Nous aurions pu nous diriger vers Notre-Dame et gagner la rive gauche de la Seine par le Petit-Châtelet. Mais sa sinistre réputation fit que La Ventière m’en épargna la vue. Cette prison est aussi effrayante que les malfaiteurs qu’elle renferme.  Nous laissâmes la Porte Saint-Bernard à notre main gauche pour nous engager dans le chemin qui longe le collège du cardinal Le Moyne**.  Vers l’église Saint-Médard, nous atteignîmes le but de notre cavalcade, la Bièvre. Je ne sais trop si vous avez ouï dire de cette rivière qui serpente mollement dans les faubourgs du sud de notre capitale. Son eau alimente les nombreuses fermes qui la bordent et permet aux tanneurs de pratiquer leur pestilentielle activité. Nous dépassâmes Les Gobelins où sa majesté a créé une manufacture de tapisseries de haute lisse dont la renommée dépasse nos frontières.

 

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Le château de la reine Blanche, 13ème arrondissement de Paris

Nous laissâmes derrière nous le château de la Reine Blanche*** et son huilerie aussi vite que le vent d’orage chasse les nuages. La Ventière devant mon étonnement m’expliqua que ce lieu empuantait l’air et que nous allions nous engager dans  un vilain chemin vers le moulin de Coulebarbe dont la roue tourne au gré du courant de la Bièvre. A quelques arpents de là, une petite île au milieu de la rivière était occupée par les potagers des ouvriers des Gobelins. Quelle ne fut point ma surprise quand je perçus des cris affreux. A me crever les tympans ! Jamais mes oreilles n’avaient ouï pareil son. Je croyais à quelque présence diabolique en ces lieux reculés quand j’aperçus deux petits yeux malins qui me dévisageaient…

-        Des singes, ce sont des singes qui aboient ainsi… s’exclama La Ventière. J’en ai vu chez les barbares dans le nord de l’Afrique… Regardez, marquise,  ils sautent sur le toit de notre voiture…

Alors ma toute bonne, ce fut une belle cavalcade. Les bateleurs qui laissent ici leurs singes en liberté se précipitèrent pour rameuter leur chienlit. Jamais pareille troupe n'a aussi bien mérité ce nom. Ces animaux, qui nous ressemblent fort, sont d’une saleté repoussante.  Ils commençaient à jeter leurs chiures sur notre belle Nyctalope qui en était courroucée…

Nous nous enfuîmes et à quelques encablures, le but de notre périple était atteint : la Glacière. La bien nommée. En descendant de notre voiture,  je découvris avec La Ventière une petite grotte dont l’issue était bien scellée et que La Ventière fit prestement ouvrir par un manant. Enveloppés dans des tonnes de toile de jute, des pains de glace recueillis l’hiver précédent dans la Bièvre attendaient le chaland. Nous en baillâmes quelques-uns pour l’office. Notre bonne cuisinière saura  préparer des sorbets et peut-être des crèmes… Quel délice !

Avant de reprendre le chemin de la place royale, nous aperçûmes quelques castors, des bièvres comme les appellent  les paysans, qui prenaient le soleil… Jamais je n’avais vu autant d’animaux étranges en si peu d’espace et de temps.

J’espère que toutes ces visions animales ne vont point perturber mes rêves. Je clos cette lettre en vous embrassant sur les deux joues avec tout l’amour que vous savez.

 

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Les arrières des Gobelins, rue Berbier du Mets, Paris 13ème, sous laquelle coule la Bièvre...

 

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La Bièvre, fin XIXème, avant qu'elle ne fût enterrée

 

*Actuellement place des Vosges

** Rue du cardinal Lemoine dans le 5ème arrondissement de Paris

*** rue Gustave Geffroy, 13ème

 

14/01/2012

Mode d'emploi du blog

Je viens de modifier la présentation de mon blog pour mettre un peu d'ordre dans ce dernier. Pour trouver un texte, vous pouvez vous reporter à gauche de l'écran, vers "Catégories".

Les histoires pour les enfants sont regroupées dans "Aventures de Kotoko et autres".

Les histoires dont Kotoko n'est pas le héros se trouvent sous la catégorie "Histoires à dormir debout".

Les lettres de la Sévigné dans "Lettres de la marquise de Sévigné".

Les pages consacrées à la Tunisie dans la catégorie du même nom.

Et enfin dans "Poésie, lecture" quelques poèmes et textes divers.

La navigation dans le blog devrait être ainsi facilitée, du moins je l'espère.

   

07/01/2012

La fenêtre ouverte

Quand Kotoko se retrouve sur la cheminée, il se dit que les grilles magiques du parc de Montsouris lui ont joué un drôle de tour. La pièce où il se trouve est vide et calme. La fenêtre est ouverte. Seule une rumeur persistante monte du plancher. Des livres sont ouverts sur un bureau, des livres de classe. Il doit s’agir de la chambre de deux écoliers ou de deux lycéens. Car il y a deux bureaux, disposés symétriquement de chaque côté de la cheminée. Et en face deux lits séparés par une petite bibliothèque. La fenêtre est ouverte mais un voile blanchâtre empêche de voir au loin. C’est comme si un immense rideau de tulle avait été placé devant l’ouverture, masquant l’horizon.

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Chambre, Savenay (Loire-Atlantique), années 1960

 

Soudain un bruit de pas se fait entendre. Le plancher grince de toutes ses lattes. Et un garçon entre dans la pièce sans prêter attention à Kotoko. Comme si ce dernier était invisible. L’enfant revient de la cuisine avec son goûter : une belle banane dans la main droite et une grosse tranche de pain couverte de beurre dans la main gauche. Kotoko en salive !

L’enfant contourne le bureau, négligeant les nombreux livres qui semblent l’attendre. Il s’approche de la fenêtre ouverte, appuie ses deux coudes sur le rebord, et commence à déguster le fruit dont le goût sucré se mêle au goût salé du beurre. Du haut de la cheminée Kotoko regarde cette scène d’un calme étonnant. Il remarque que depuis que l’enfant est accoudé à la fenêtre, le voile de tulle est devenu beaucoup moins épais. Il donne l’impression de se déchirer et de laisser apparaître peu à peu un paysage immense. La fenêtre de la chambre est ouverte sur le large. Celui des terres que traverse le fleuve avant de se jeter dans l’Atlantique. Le large de l’océan, vide et mouvant, est trop lointain, il se perd dans l’horizon vers l’ouest.

En se penchant à sa fenêtre, l’enfant a ouvert le paysage comme on ouvre un livre. Son regard parcourt le jardin avec en son milieu un immense cerisier. Puis sautant par-dessus le mur qui clôt le potager, il descend jusqu’à la voie ferrée guettant le passage d’un train et de son panache de fumée.

Paris – Le Croisic.

Paris – Quimper.

Les express se succèdent à heure fixe.

Au-delà de la voie ferrée s’étendent les champs, les bois et les marais qui courent jusqu’à la Loire qui scintille au loin. Étroit à l’est, le fleuve s’élargit vers l’ouest. Dans l’estuaire, l’eau douce de la Loire et l’eau salée de l’océan Atlantique se mêlent. Tout au loin, les coteaux de la rive sud du fleuve ferment l’horizon. A droite, brûle la torchère de la raffinerie de pétrole de Donges. Et plus loin l’enfant aperçoit les bateaux des chantiers navals de Saint-Nazaire.

Kotoko est étonné. Il est étonné par le regard de l’enfant qui scrute chaque parcelle de ce paysage où l’eau et la terre se mêlent. Cet enfant qui observe les passages des trains et leurs horaires. Qui guette la descente ou la remontée des cargos sur le fleuve. Et qui déguste sa banane avec son pain beurré.

Son goûter terminé, l’enfant se retourne,  salué par les martinets du soir qui commencent leur chasse aux moucherons en guise de dîner. Leurs cris stridents couvrent la rumeur qui monte du plancher. Ni les cris des martinets qui frôlent la fenêtre ni la rumeur persistante ne dérangent l’enfant qui se penche sur ses livres et entame son étude du soir.

Kotoko se fait discret. Il se dit que cette fois il a effectué un double voyage : non seulement dans l’espace mais aussi dans le temps. Grâce aux grilles magiques du parc de Montsouris, il a parcouru 400 kilomètres vers le soleil couchant depuis Paris et s’est déplacé 50 ans en arrière, s’installant provisoirement dans le mitan du siècle dernier. Il a compris en observant le calendrier posé sur l’étagère remplie de livres qu’il avait quitté l’année 2012 pour revenir en 1963. Il a également compris que la rumeur venait de la classe située sous la chambre car la cloche de l’école ayant sonné, les élèves sont sorties en riant dans la cour de récréation.

Tout est si calme qu’il ose descendre de la cheminée, grimper sur la chaise où est installé le garçon, et se blottir contre son cou avec tendresse. Cette fois, le garçon, qui ne voyait pas Kotoko, sent les petites épines du hérisson qui lui dit : « Je m’appelle Kotoko, le hérisson qui voyage. Je ne vais pas te déranger longtemps. Je te donnerai seulement un conseil avant de te quitter : garde les yeux ouverts et ne te fatigue jamais de contempler le monde qui t’entoure. »

Le garçon n’eut pas le temps de dire « ouf ». Kotoko était déjà reparti. Longtemps il se demanda s’il n’avait pas rêvé, lui l’enfant aux songes. Mais la petite piqûre d’épine dans son cou lui prouvait que non. Et toute sa vie il n’eut de cesse d’admirer le monde, comme Kotoko le lui avait conseillé.   

 

 

 

05/01/2012

2012

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Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), vers 1665

Sans signature, Paris

 

Pour aborder 2012 sous de bons auspices et pour accompagner mes voeux, le portrait de mon inspiratrice que vous pouvez contempler au musée Carnavalet - Histoire de Paris.  (Ma toute) bonne année à tous !